Prendre un enfant par la main

28 juillet 2011 9h22 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Starbuck

Quand la grossesse in erectio déclare forfait, il reste la
grossesse in vitro, rendue possible grâce aux donneurs de sperme. David Wosniak
(Patrick Huard), né de parents d’origine polonaise, a gratifié des centaines de
couples de son riche liquide séminal afin que des femmes et des hommes désireux
d’être parents fondent leur famille.

 

De prime abord, le héros n’a pas suractivé ses gonades par
pure générosité. D’abord, il voulait payer un voyage à Venise à ses parents et s’acquitter
de ses dettes. Ça explique la fréquence de ses dons. Mais mal lui en prit. Les
enfants issus de ces grossesses assistées veulent connaître leur dévoué géniteur.
Parviendront-ils à leur fin ? Évidemment que oui. La clinique de fertilité
ayant fourni le pseudonyme du donateur, soit Starbuck, le taureau de réputation
mondiale de la faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe, des
pressions psychologiques s’exercèrent sur David, qui, malgré son insouciance
autant en amour qu’au travail, est amené à réfléchir sur le sens de son don. De
fil en aiguille, il s’intéresse aux rejetons dont il est le père. En les observant
à leur insu, il découvre le grand vide qui les habite. En fait, il se découvre des
fibres paternelles contrairement à sa conjointe, plutôt dépourvue d’instinct maternel.
Finira-t-il par révéler son identité ? Il s’en garde d’autant plus que les
médias, au courant de l’aventure de Starbuck, dénoncent son geste irréfléchi.

 

Sur ce canevas, on a brodé un scénario, intelligent et
original, sur la paternité. Dans une grande mesure, ce petit cours 101 évite les
clichés et la morale simpliste. Le passage de l’humour à la thématique est
tissé serré afin d'assujettir le sujet à ses balises. Il ne s’agit
pas pour autant d’un chef-d’œuvre. Les faiblesses ne sont pas rares. Les liens
entre certaines séquences sont plutôt minces, les invraisemblances ne manquent
pas, les tournages en rond étirent le film indûment, la séance de masturbation éprouvante
du début sent le racolage et le propos se couvre souvent de sentimentalité. En
dépit des bémols, c’est une œuvre alerte, qui baigne dans une atmosphère
appropriée. L’image aux tons bleuâtres n’a rien de criard. Elle soutient le
film sans lui voler la vedette.

 

Et la vedette incontestable du film, c’est Patrick Huard. Il
a été utilisé sans que l’on exploite son côté cabotin. C’est son meilleur rôle à
vie. Dans Manon, last call, il avait
déjà montré qu’il pouvait se distinguer par un rôle d’intériorité. Il mérite au
moins une nomination pour l’acteur du meilleur interprète à la prochaine remise
des Jutra.

 

Bref, pour résumer l’esprit du film, il faut écouter Prendre un enfant par la main d’Yves
Duteil, chanson qu’on aurait dû entendre comme épilogue au lieu de celle de
Matt Berninger.
«««½

 

Prendre un enfant par la main

Pour l'emmener vers demain

Pour lui donner la confiance en son pas

Prendre un enfant pour un roi

 

Prendre un enfant comme il vient

Et consoler ses chagrins

En regardant tout au bout du chemin

Prendre un enfant pour le sien

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