La Tête sur le billot

24 avril 2010 12h04 · Paul Proulx

Les treize nouvelles de ce recueil distinguent la marginalité cachée derrière un masque qui laisse croire que rien n’isole la différence. L’auteure s’amuse à la débusquer comme chez cet écrivain incapable d’imposer ses œuvres à l’ouest de la ville de Québec. Existe-t-il des machinations afin de surfer seul en instaurant un monde de rejetés ? Et l’imagination est fertile pour susciter le discrédit. Roch Carrier a exploité le même sujet sous le couvercle du nationalisme dans L’Abominable feuille d’érable sur la glace. Le terrible chandail bleu des Maple Leaves de Toronto a écarté d’un match de hochey un garçon qui le portait pour obéir à sa mère. À bien des égards, on entretient tous les ostracismes pour s’offrir un dissident. Quel intellectuel  avouerait lire des romans à l’eau de rose ? Comme le héros de l’une des nouvelles, mieux vaut taire une faute aussi discriminante. Que pensez des prénoms dont on affuble les enfants ? Autre nouvelle qui signale l’horreur des modes onomastiques. À l’instar de Victor Hugo dans le Livre 3 des Contemplations, l’auteure reconnaît s’être inspirée du maître pour dénoncer la tyrannie, qui occulte autrui en conduisant au billot de la décapitation, comme le Cromwell du recueil. L’auteure navigue sous tous les cieux et tous les temps pour appuyer la démonstration, mais son ras-le-bol perd de son âpreté au profit d’une plume tout en finesse, qui ne nous convainc pas de la détresse des protagonistes.

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