Le Rôle de la femme

10 mars 2010 0h55 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Maleficium

Martine Desjardins vient de réécrire un chapitre de la Genèse, soit celui de la perte de l’éden. Adam a mangé le fruit défendu à l’invitation de sa compagne Ève. Si la Bible est la parole de Dieu, il faut reconnaître que le susdit passage discrédite la femme qu’Il a pourtant créée. L’auteure remonte avec un brio inouï aux fondements de la culture occidentale issue du Moyen Orient, où a macéré ce qui allait advenir de notre destinée et, en particulier, de celle de la femme. En regard des écritures saintes, cette dernière a transformé le paradis en pandémonium. Telle est sa vengeance, comme le révèle le dernier chapitre du roman. Pour avoir été relayé aux officines du mal, elle agit sur les hommes comme un maléfice, qui cultive l’exacerbation des sens afin qu’ils concourent à leur perte. Hommes déjà vulnérables pour leur quête effarouchée de réussite sociale. C’est une œuvre magnifique, qui accole une forme romanesque des plus originale à ce qui supporte les conditions féminines. C’est à travers le rituel du sacrement du pardon que sept hommes d’affaires ambitieux débitent de soi-disant actes peccamineux, en se disculpant sur le dos d’une femme aux lèvres fendues, portefaix de leurs maux. Une vierge laide qu’ils désirent l’instant d’une transaction, une vierge qui incarne le mal dans la souffrance qu’elle transmet à ceux qui l’approchent. Les aveux qu’ils font dans un confessionnal ne ressemblent en rien aux formulations de naguère. C’est le lieu pour véhiculer la thématique que l’auteure enrichit à travers les sens. Chaque chapitre provoque la sensualité qu’accentue l’évocation, trop longuette, de l’odeur des épices et des savons entre autres choses. Hormis ce bémol, c’est avec une riche terminologie et un don de conteuse accomplie que l’auteure exhale le corps, Un corps que représente  la  couverture aguicheuse du roman, voire blasphématoire, mais qui résume en fait le propos. Un corps nu, dont le sexe est masqué par le cœur ornant la statue traditionnelle de Jésus adulte, dite du Sacré-Cœur. Martine Desjardins a fui le monde grandiloquent des cathédrales pour fouiner dans les cryptes moins spectaculaires, comme elle l’a fait pour son roman L’Évocation. Elle s’est détournée de la voie céleste pour examiner ce qui grenouille dans les souterrains des religions triomphantes.

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