Les Résidants d’Hochelaga

2 mars 2010 0h47 · Paul Proulx

À la liste du chroniqueur, on pourrait ajouter Arabesques de Pierre Samson.

Depuis peu, scénaristes et romanciers ont mis leur imaginaire au service du quartier Hochelaga que lorgnent les séides de la spéculation foncière. Alors qu’ils sont prêts à le défigurer, la  population fait preuve d’une résilience qui n’en cache pas moins leur déception de les voir s’emmener avec le pic du démolisseur. Ils ont commencé par raser les couvents de religieuses avant de s’attaquer aux logements en bordure d’une future autoroute, dont la construction les enrichira d’autant. Pierre Samson, issu de ce milieu, s’attache amoureusement aux gens que l’on s’apprête à transbahuter vers un no man’s land, où s’effritera une identité qu’ils ont chèrement acquise. Ils se sont tissé au cours des ans des liens serrés, affermis par les différentes crises qu’ils ont traversées. Soumis aux rudes épreuves du krach des années 1930 et de la guerre, ils ont survécu grâce à leur esprit grégaire. Peu importe l’origine de chacun, il est des leurs s’il partage la mentalité du groupe. D’ailleurs, avant même de subir l’avatar du massacre domiciliaire, ils sont aux prises avec un revenant, qui veut réintégrer le quartier. Il devra affronter la meute pour leur prouver sa bonne foi, voire même rencontrer le curé. Du bien bon monde, aux défauts aussi innombrables que leurs qualités. Bref, ce petit monde, comme celui de Dom Camillo, s’entrechoque et s’entraide sous la férule du curé Bourbonnière, plutôt porté vers la bonbonnière si l’on se fie à sa proéminence abdominale. Ce canevas sert une trame qui se déroule autour d’un escalier, qui conduit aux appartements de l’immeuble qu’habitent les personnages. Les chapitres se ne lisent pas nécessairement dans un ordre déterminé. Ce sont des fragments révélateurs d’une vie qui bat au rythme du sablier. Un sablier aligné sur l’amour de Montréal. Du port au défunt restaurant Sélect, la ville s’affiche sous les enseignes, qui évoqueront aux plus âgés les lieux qu’ils fréquentaient. Amour aussi de l’ailleurs, où l’on se rend l’instant d’un voyage au Brésil ou en Inde. Mais avant tout, c’est l’amour d’autrui qui les rapproche et qui se manifeste par l’affection que l’on se témoigne. Un roman sensuel que l’auteur accentue par les formes qu’il emprunte au monde des sens. Les personnages baignent dans un univers suggestif tant l’espace est empreint de féminité par les entrelacs, les passements, les lambrequins, les festons, les franges, les rinceaux, les volutes et les vermiculures, qui s’entrecoisent sous leurs yeux. Cette arabesque de style baroque soutient avec brio des sentiments qu’accompagne une terminologie châtiée. Ce roman tient du travail monacal à l'instar des enluminures des livres anciens. Pour ceux qui apprécient le genre, c’est un bel hommage rendu aux résidants d’Hochelaga.

 

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