28 février 2010 12h43 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Console-moi
L'auteure nous entraîne dans une aventure palpitante, s’appuyant sur l’Histoire, en particulier sur la déportation des Acadien en 1755. Cette plongée temporelle sert à la compréhension de l’âme des héros, des « nâmes de géants », condamnées par un haruspice peu favorable. La trame s’attache à un pêcheur malchanceux de Chéticamp. Pour secouer sa guigne, il quitte la Nouvelle-Écosse après avoir perdu son frère, sa femme et son bateau. Il vient s’établir à Pointe-aux-Trembles avec son fils de quatre ans, Croyant y trouver le bonheur, il s'enlise encore davantage tout en se consolant dans l’alcool. Cette défaite aura des répercussions sur le fils. Montréal ne lui sourit pas plus qu'à son père. Avec un vieux camion, il quitte sa vie navrante en suivant le Saint-Laurent. En cours de route, une panne d'essence le met en contact avec deux étudiants, qui répertorient les légendes et les chansons de l'Est du Québec. Ils profitent de l'occasion pour lui proposer de les aider contre rémunération. Comme dans un roman routier, le trio parcourt la région à la recherche de gens âgés encore détenteurs des bribes de notre patrimoine. Pourquoi ces étudiants se consacrent-ils à ce travail? Le deuxième volet du roman explique ce qui se cache derrière leur recensement. L'enfance, marquée par des abus en tout genre, les a fait sombrer dans l’abysse du désespoir, auquel ils tentent de s'arracher en se vengeant sur les vieux qu’ils croiseront. Leur dérapage pathologique conduit aux excès que Patrick Senécal exploite moins brillamment que Marie Gagnier. Mais les deux auteurs soulignent trop abondamment les dérèglements des névrosés. L'originalité du roman vient du lien établi entre les exactions de l'Histoire et les protagonistes. Ces derniers traînent une peine si difficile à consoler, d’où le titre du roman, qu’ils croient que leur salut ne peut que s’enraciner dans la mort. Marie Gagnier devance le peloton des auteurs, qui abordent cette thématique sanguinaire, en apportant une dimension qui dépasse le simple acte brutal. C'est bien supérieur à tous les Millénium dont on a tiré quelques films.