13 février 2010 11h57 · Paul Proulx
Pierre Vadeboncoeur est décédé la semaine dernière à un âge vénérable. Avocat de profession, il a passé sa vie à trouver une clef pour la compréhension de l’homme et à se donner une conscience morale. Il est l’exception qui confirme la règle. Combien de ceux qui détiennent un certain pouvoir en profitent pour s’avantager? Il est admissible que l’État défraie des voyages pour participer à des colloques contributoires de la compétence. Mais le bât blesse quand on s’offre à nos frais un spectacle de fado en Espagne lors d’une rencontre internationale tenue en France. Le statut de Pierre Vadeboncoeur, comme conseiller syndical à la CSN entre autres, l’a plutôt porté à réfléchir sur le sort de l’humanité qu’il trouvait précaire entre les mains des savants et des « animalcules philosophes », qui concoctent des « coca-cola idéologiques » intéressés. C’est dans l’esprit de l’enfant qu’il trouvait le salut du monde. Doté de richesse intérieure affleure chez lui le sens de la beauté morale, Le salut n’est pas dans la pensée, mais dans la rectitude de l’être. Ses œuvres véhiculent des propos généreux, alimentés à une grande culture, qui lui a forgé un regard manichéen à l’instar du combat des lumières contre les ténèbres mené par Marie-Claire Blais. Comme Térence, il était ouvert à tout ce qui était humain : «Homo sum: humani nihil a me alienum puto.» À lire Les deux Royaumes, l’essai le plus achevé de sa pensée, qui est encore d’actualité.