12 février 2010 7h39 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Nine
Nine nous plonge dans l’époque faste du cinéma italien avec Fellini, certes, mais combien d’autres ! Rob Marshall recrée l’atmosphère dans laquelle baignait Juliette des esprits, mais aussi Le Guépard de Visconti. Ce dernier film (1963) marquait la transition entre l’ancien et le nouveau comme Nine pose les jalons qui mènent des années 1950 à notre ère. Le cinéaste décrit l’immuable Italie, un pays moulé par la Rome antique qu’évoquent les tableaux d’ouverture. Les empereurs de jadis devaient applaudir à tout rompre si jamais quelques ossements avaient échappé à la poussière. À la fête, ce ne sont pas les gladiateurs que l’on invite ni les chrétiens que l’on traîne pour que les lions se repaissent. Ce sont les femmes de devoir et de désirs enflammés non pas à la torche de Néron, mais de Guido, le héros qui tient le rôle d’un réalisateur tiger woodien. « Guido ! Guido ! », crient-elles en chœur. On se croirait au Forum, non pas celui de Rome, mais celui de Montréal quand scorait notre Guy national. C’est d’ailleurs la finale du film de Ron Marshall qui rend, à travers ce Guido, un vibrant hommage à ceux qui ont décrypté l’Italie, la romantique Italie, la « Rome ville ouverte » à tous les sens, la mamma que chante Charles Aznavour : « Y a tant d'amour, de souvenirs autour de toi, toi la Mamma. » Les analepses nous renvoient à la jeunesse du héros protégé par une Sophia Lorens, dont le choix judicieux comme mamma assume le passage du temps. Une enfance qui colle aussi la muse à la genèse d’un créateur confondu à celle de son pays. Un créateur qui se brûle les ailes aux feux qu’il allume. Un feu qui le consume plutôt qu’un feu qui l’habite. Au fronton de la réussite, il a oublié de hisser la fidélité, source de pérennité. Il le réalise assez cruellement quand sa costumière lui signale l’insignifiance de sa vie, passée à ne dire que oui ou non. Un oui ou un non à autrui qu’il démolit en définissant l’Italie d’aujourd’hui qui s’affadit, y compris la sainte mère l’Église, dont les plus dignes représentants lui demandent dans un spa des photos autographiées de ses chaudes comédiennes. Le scénario est accolé à une comédie musicale, qui, malheureusement, sent le racolage.