19 novembre 2009 12h14 · Paul Proulx
« Moé, cte gagne-là, j’t’lé étriprais.» Cette menace révèle l’ignorance des tenants d’un fait social, dont nous sommes responsables. Il est vrai qu’aux abords de l’UQUÀM voisinent l’espoir du Québec et ses échecs. Une donnée prime en lisant La Rue, un chemin tracé d’avance. Les jeunes sans-abri n’ont pas choisi leur mode de vie. On les a obligés à vivre à ciel ouvert. Plusieurs ont été mis à la rue comme un sac de poubelle dès l’âge de 12 ans. Comme dit un des 20 jeunes choisis par l’auteur, « Ma mère travaillait pas, mon père, y'était dans l'extermination. Faque, ils m'ont exterminé de la famille. » Il est clair que le bât blesse dans la cellule familiale. L’aide gouvernementale ne peut régler la problématique. Les jeunes sont victimes de l’éducation carentielle de parents irresponsables, dont plusieurs sont des toxicomanes, qui initient leur rejeton à leur dépendance. Les psychotropes accentuent la situation alors que les adeptes s’y adonnent pour panser leurs plaies. Plaies psychologiques ouvertes sur la honte de constater ce qu’ils sont devenus. L’un d’eux d’ailleurs s’est fait peur en se voyant dans un miroir alors qu’il croyait apercevoir quelqu’un derrière une vitre. Le mépris de soi les paralyse et les isole. La solitude les maintient dans la rue, où il tente de se reconstituer une famille avec des pairs frappés comme eux d’octracisme parental que la population endosse à cause de la pauvreté responsable de leur apparence loqueteuse. La plupart s’en sortiront, mais vivre en fildefériste entraîne des chutes parfois mortelles, comme ce jeune qui a tenté de se suicider sous les yeux impassibles de sa mère. L’image parle d’elle-même. C’est des «je t’aime » que l’on formule malgré l’indignité des géniteurs. «Je n’ai pas le choix de l’aimer, c’est la seule que j’ai », dit l’un d’eux. Avant la merveilleuse intervention des travailleurs sociaux, c’est le manque d’amour que soulève ce document qui tire les larmes ou la révolte quand les prédateurs sexuels profitent de leur vulnérabilité sous les yeux de sainte Mère d’Youville, dont la statue, photographiée pour cet ouvrage, orne la bouche du métro Berri-Sainte-Catherine. Voilà un modèle de femme qui, touchée par la misère humaine, a disposé de la fortune de son mari pour la soulager. Mille mercis à Voir d’avoir offert ce livre aux gagnants de leurs concours. C’est une œuvre d’art publiée sur du papier glacé que rehaussent de magnifiques photos. Rien de mieux d’ajouter à cette lecture La Valse des bâtards d’Alain-Ulysse Tremblay, un recueil de nouvelles qui couvre la même triste réalité.
J’ai relevé une erreur à la relecture ce soir de mon commentaire écrit hier. Je mentionne le nom de Marguerite d’Youville au lieu d’Émilie Gamelin, femme déclarée bienheureuse par l’Église. D’ailleurs le parc attenant à la bouche du métro porte son nom, parc où se rassemblent les jeunes sans-abri à Montréal. Les deux saintes femmes ont connu le même parcours. Elles se sont mariées et, devenues veuves, elles ont fondé des communautés religieuses pour venir en aide aux plus démunis.