Le Blues du suicidaire

17 novembre 2009 12h41 · Paul Proulx

À l’automne,  c’est la saison des prix littéraires. Voici Les Murs d’Olivia Tapiero à qui on a décerné le prix Robert-Cliche   Avec ses 12000 suicides par an, « la France est une secte du Temple Solaire géante », telle que l’a décrite Frédéric Beigbeder dans 99 Francs. Les statistiques expliquent que le thème soit souvent abordé, surtout récemment au Québec. On a publié entre autres Le Cocon de Janette Bertrand, Le Cafard de Rawi Hage, Raphaëlle en miettes de Diane Labrecque et Paradis, clef en main de Nelly Arcan. Ce dernier titre est révélateur du blues du suicidaire. La mort libératrice des maux de l’âme. Impossible de renverser la vapeur quand on est victime d’une dynamique mortifère. L’obsession maladive coupe tout contact avec la réalité. À 19 ans, la jeune Montréalaise Olivia Tapiero présente le dilemme de façon convaincante en se glissant dans la peau d’une adolescente hospitalisée après un suicide raté. Rien en apparence justifie son acte pas plus que son anorexie et les mutilations qu’elle s’inflige. Même en vivant au sein d’une famille fonctionnelle, elle a sombré comme Émile Nelligan. Le cœur saignant à 17 ans ! Avec une narration au JE presque intolérable, l’auteure nous fait vivre la douleur fuligineuse de l’héroïne de l’intérieur de la prison qu’elle s’est construite en érigeant des murs lui interdisant toute larme, toute affection et toute communication susceptible de la détourner de son projet. Pourtant les occasions de rapprochement ne manquent pas, mais elle ignore les mains tendues. Pourquoi devrait-elle s’attacher à la platitude de la vie alors qu’elle a goûté au plaisir d’être mourante lors de ses tentatives de suicide ? L’écriture sans fioriture, semblable à La Donation de Bernard Émond, accentue le drame en le privant d’une émotion palpable à laquelle se refuse l’héroïne pour parvenir à créer un non-lieu qui justifierait son suicide. Un non-lieu en réduisant le volume de son corps le plus possible afin de rendre l’espace inutile. En marge de la rédemption, le dénouement ne présage rien de bon puisque l’auteure, comme l’indique le titre, s’est limitée à l’emmurement de son héroïne. C’est forcément un roman redondant alourdi par un négativisme qui a fait dire « pourquoi j’existe » à Luc Plamondon dans Le Blues du businessman.   

 

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