11 novembre 2009 12h06 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Julie & Julia
L’image valant mille mots, le film active tout au long de la projection les glandes salivaires. La réalisatrice s’est inspirée de deux livres pour propager la cuisine française auprès des États-uniennes en la rendant facile, mais tous les plats qui garnissent la table bien dressée des deux héroïnes sont compliqués à concocter. L’intention de Nora Ephron n’était pas de faire un documentaire gastronomique. Elle présente l’art de cuisiner comme moyen de valoriser la femme en évoquant Julia Child, la pionnière des émissions qui font la gloire des Ricardos. Femme qui a inspiré aussi Julie Powell atteinte du spleen de la trentaine. Après le fatidique 11 septembre 2001, elle s’ouvre un blog pour se désennuyer en racontant les aléas de son nouveau hobby : cuisiner quelque 400 recettes en 365 jours. Son site lui attire une telle admiration que le New York Times lui consacre un long article. En fait, le film traite avec brio des conditions féminines, qui ne se sont pas tellement transformées au cours des décennies même si, aujourd’hui, la femme a intégré le marché du travail. Elle s’est sorti la tête du fourneau pour la pointer dans des espaces cubiculaires apparentés aux couvoirs des poulaillers, où elle subit la frustration de plaignants insatisfaits des services rendus ou en attente des dits services. En fait, on redore le blason de la cuisinière à l’heure des plats insipides, prêts à servir que l’on peut se procurer partout. Les plaisirs de la table sont infiniment plus grands quand ils sont précédés du plaisir de les cuisiner. Le film ne s’adresse pas particulièrement aux femmes. Comme homme, j’aime être le maître queux de ma conjointe et de la parenté. À l’instar de François Gravel avec Adieu, Betty Crocker, Nora Ephron renoue avec un savoir qui ne se transmet plus de génération en génération. Son film se déplace avec aisance de New York à Paris pour jumeler, avec brio, le destin de deux femmes, qui ont suivi la route du bonheur. En compagnie de leur mari compréhensif, elles ont retrouvé les lettres de noblesse de la cuisine. Malheureusement, l’interprétation de Meryl Streep est insupportable tellement elle cabotine à moins que le doublage ne lui rende pas justice.