La Fille du président français

6 novembre 2009 13h01 · Paul Proulx

Fais-moi plaisir est une comédie sentimentale délicieuse, tout imprégnée de l’esprit des grands siècles, qui ne limitait pas la culture à la provocation sexuelle exprimée dans un langage vulgaire, soi-disant réaliste. À l’instar d’Éric Rohmer, Emmanuel Mouret exploite un discours inspiré du théâtre. La parole dévoile les sentiments amoureux et, surtout, la crainte de perdre l’amour de sa vie. L’histoire raconte comment Ariane en est venue à demander à son amoureux de lui faire plaisir en donnant suite à la rencontre fortuite d’une femme dans un bistro. Elle veut ainsi « inscrire leur couple dans une force de progrès » pour ne pas jouer le rôle de l’objet, qui facilite l’assouvissement des fantasmes de son amant. En somme, le film se présente comme une variation pudique sur le désir. Il décortique les techniques de séduction qui mènent à l’alcôve. Le héros, un grand timoré, prête une oreille attentive aux amis qui favoriseraient son épanouissement affectif. Grâce à leurs conseils, il a conquis à son insu la fille du président français, auprès duquel il s’est engagé à aimer sa fille. Quittera-t-il son amante pour cette femme de la classe dirigeante ? Voilà un dilemme à l’origine d’aventures cocasses que le scénariste transpose dans le monde du vaudeville. Il a concocté un film qui rime amour avec humour. Un humour physique déclenché par un héros godiche, qui s'électrocute avec un grille-pain, qui se coince la main dans un vase et qui accroche un rideau de la résidence présidentielle dans sa braguette. Incidence qui se transporte de l’Élysée à un appartement habité par une soubrette et ses quatre sœurs, toutes aussi lascives les unes que les autres. Rire garanti même si les gags sentent l’adolescent en crise hormonale. Mouret joue sur la corde raide avec ce film qui aurait pu être d’un kitsch ridicule. Au contraire, il sauve sa comédie en la doublant d’une poésie apparentée à celle du conte avec la leçon du dénouement, qui rappelle que l’on peut se faire attraper malencontreusement au jeu de l’amour. Livré dans un écrin velouté approprié au genre, ce petit bijou souligne avec brio les relations hommes femmes, malgré ses longueurs, ennuyeuses, disons-le. À la manière de Woody Allen et de bien d’autres, Mouret parvient à renouveler la thématique de l’infidélité aux accents d’une musique qui ancre judicieusement les ambiances loufoques ou sentimentales.

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