Hommage à Nelly Arcan

26 septembre 2009 12h30 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Folle

Comme hommage posthume à Nelly Arcan, j’ai pensé écrire un billet sur Folle que je n’avais pas encore fait. L'héroïne de ce roman,  qui se définit comme une « moins que rien », espère s'enrichir grâce à la culture tellement supérieure de son nouvel amant, un journaliste français. Complexe d'anciens colonisés oblige. Malheureusement, l'ardeur qu'elle investit pour nourrir son couple n'apportera pas de dividendes. Elle se butera à un phallocrate, qui préfère se branler en regardant des sites pornographiques. Le sens unique de l'amour fou qu'elle lui porte la démolit. La rage de l'abandon la pousse finalement à lui écrire une lettre (ce nouveau roman de l'auteure) pour retracer ce qui aurait pu être l'amour du siècle. Le découragement de cette femme abandonnée est rendu avec une authenticité courageuse. Comme Esther Croft dans De belles paroles, Nelly Arcan stigmatise les profiteurs qui causent la détresse des femmes. L'héroïne se promène au hasard des événements qui remontent à sa mémoire. Le manque de linéarité ne coupe aucunement le fil conducteur de l'œuvre. Et même si d'entrée de jeu, le dénouement est connu, le développement est assez fort pour maintenir l'intérêt, surtout grâce aux rebondissements bien amenés et à la franchise de l'auteure. L’écriture toute simple s’harmonise à des émotions qui sont bien canalisées même si le mal à l’âme lui est insupportable. Bref, c’est le meilleur des trois romans de Nelly Arcan, une femme entière.

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