25 septembre 2009 11h16 · Paul Proulx
L’Homme rapaillé de Gaston Miron chante l’espoir du Québec tandis que Joies cerne le désespoir de l’homme éparpillé. Désespoir d’avoir perdu une soeur, qui s’est lancée dans le fleuve du haut d’un pont. Tenter de ramasser les miettes de Georgie ne sera pas suffisant pour libérer le héros de son deuil.
La folie habitera son logis au point d’obliger sa mère de le faire interner dans un institut psychiatrique. Fou comme Folle de Nelly Arcan, il ne peut accepter la rupture alors que les joies de vivre planaient sur son destin amoché, mais tout de même un destin dont il s’accommodait d’autant plus qu’il entretenait avec sa sœur protectrice un amour tout aussi fou. Un amour incestueux avec une « fille de verre », une putain en fait, qui veillait sur lui. Pour s’en sortir, le héros fait le post mortem de cette fusion qui l’élevait au-dessus de la mêlée. Du haut d’un orme, Georgie l’invitait à la rejoindre pour ne pas se laisser emmurer par l’enceinte de leur univers. Main dans la main, elle lui apprenait à connaître la ville avec son port et ses clochards qu’elle gratifiait d’oboles, voire même l’emmenait chez son amant Tomasz, hanté par les camps nazis, où sont morts ses parents. Amant fidèle, qui ouvrira finalement la porte du salut au héros grâce à l’écriture.
Oeuvre parcourue par un vent poétique, qui balaie l’accessoire au profit de l’essentiel. Finesse d’une écriture hachurée et efficace pour donner du relief à ce puzzle des liens fraternels. Avec ce roman, Anne Guilbault relance une thématique qui lui est chère, soit celle d’une enfance stigmatisée par le manque.