En revenant de l’Ouest de Rigaud

20 septembre 2009 10h13 · Paul Proulx

De la longue liste d’œuvres nouvelles, voici celle de Martine Delvaux, qui renoue avec son roman précédent, C’est quand le bonheur. Avec Rose amer, la question à poser serait où peut-on être heureux ? Ce mince roman revisite la dichotomie que déjà Jean de La Fontaine avait abordée avec sa fable sur les rats. Le rustique est la voie du salut. La thématique implique une fillette, dont la mère veut assurer le bonheur avec son nouveau conjoint en s’installant à Anjou, un village fictif de l’Ontario. Mais à l’ouest de Rigaud, on en revient toujours, comme dit la chanson. La vie peut se roser, mais à l’instar d’un coucher de soleil, ça ne dure jamais longtemps. La petite héroïne a le rose amer. Elle mène une vie aigre-douce que sa génitrice accentue en la trimballant, après six ans à proximité des champs de fraises et de maïs, vers la banlieue des maisons étalées en rang d’oignons, pour finalement aboutir dans la grande ville. Son passage de l’enfance à l’adolescence prend la couleur d’un quotidien caractérisé par la dispersion volontaire. Ce contexte enrichira-t-il l’initiation d’une fillette aux besoins tout simples ? Les yeux grands ouverts, elle observe la parade à côté d’une mère, dont le conjoint semble bien correct selon elle. Mais le chat lui a mangé la langue. C’est un roman écrit par une femme pour la femme en devenir. Mais ça n’en fait pas une œuvre féministe pour autant. Tous aspirent au maudit bonheur. Ou au bonheur maudit « puisqu’il ne dure que du matin jusques au soir », comme l’a écrit Pierre de Ronsard. « La rose que mille soleils ont vu naître et mourir » avant qu’éclose la joie d’en être une. Évaluant son entourage et les événements, l’héroïne aurait tendance à croire le poète, comme le titre donne à l’entendre malgré les smarties qui ornent la page couverture. En gros, c’est le parcours des enfants du divorce d’aujourd’hui appelés à se construire un nid sur des bases amovibles. Que deviendront-ils comme adultes ? Cette réflexion se présente moins comme un roman qu’une vitrine des faits et gestes du quotidien d’une enfant. Le cheminement ne prend pas l’allure d’un enjeu. C’est le récit plutôt ennuyeux des circonstances qui meublent une existence avec une mère mi-figue, mi-raisin comme il en existe des millions d’exemplaires. L’écriture confère un peu de vigueur à ce roman mineur, mais elle s’essouffle au cours des pages. L’initiation de la fillette est rendue avec plus de punch par Lise Tremblay avec La Sœur de Judith et par Denise Desautels avec Ce fauve le bonheur.  

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