17 septembre 2009 11h15 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Doigts croches (Les)
« Écoute le chemin. » C’est le leitmotiv de quatre bagnards de la rue Panet de Montréal. Le chemin, c’est la voix de Dieu. Ken Scott donne à le croire avec ses paysages pastoraux dans lesquelles les moutons bêlent en bordure de la route de Compostelle. Dommage que nous ayons su que le film fût tourné en Argentine. Revenons à nos moutons et à nos lurons ainsi qu’à leurs bâtons de pèlerin et leurs jurons sur un long chemin de 515 milles avant d’atteindre la cathédrale de l’endroit, destination ultime d’un pèlerinage en milieu aride qui permet à la narration de confronter d’anciens camarades de classe souffrant de la mimesis (éléments du décor) qui les réduit au silence. « Dites quelque chose », crie l’un d’eux en décrivant ce qu’il fait en urinant derrière un arbre. « Je sors ma bizoune… je secoue ma bizoune…» Le film ne se cantonne pas à cet humour. Le scénario est beaucoup plus subtil même s’il recourt en de rares occasions au langage vernaculaire. Ce sont les relations des personnages qui forment l’enjeu de l’œuvre, les obligeant à changer s’ils veulent toucher au magot, confié à un curé. C’est une histoire délicieusement abracadabrante, qui révèle en fait les sentiments d’hommes virils aux pieds d’ardoise. Il ne s’agit pas d’une histoire moralisatrice entraînant la rédemption de fieffés voleurs et menteurs. Leur rupta pedibus cum jambis (route à pied) les amène à se dévoiler tels qu’ils sont. Ces gaillards sont attendrissants comme des enfants pris en faute. Roy Dupuis incapable de conjuguer avec la fidélité en amour n’est pas le matamore qu’il croit être. Jean-Pierre Bergeron est le plus touchant en reconnaissant qu’il a un caractère de chien victime de la rage. C’est un moment ravissant que de l’entendre chanter Ton amour a changé ma vie des Classels sous l’ordre du chef de la meute. Chanson sentimentale à souhait, interprétée en chœur également par le groupe pour se donner du courage, ce qui ne rend pas les personnages kirsch pour autant. « Connais-toi toi-même », disait Socrate. Au-delà de leurs rapports à l’argent, il y a des valeurs d’introspection qu’ils ont ajoutées à leur bagage. Voilà la véritable transformation qu’ils ont subie en se rendant à Compostelle. Ce n’est pas sans rappeler deux pièces de théâtre de l’an dernier, qui exploitaient la thématique sous un autre registre, telles que Santiago ou Dragon bleu, Dragon jaune.