17 septembre 2009 8h56 · Paul Proulx
Ce roman s’intéresse aux conséquences de la déviance du pédophile sur sa famille. Aucune description rebutante des actes commis par un Montréalais de 26 ans à l’égard d’un enfant de 11 ans. En mission humanitaire au Sri Lanka pour y construire un dispensaire, Olivier héberge dans une famille de Rahwane, où il devient l’amant d’un enfant qui lui est reconnaissant sous les yeux de parents consentants. Eu égard à la culture occidentale, il s’agit d’une abjection, mais au Sri Lanka, c’est une pratique coutumière. Le contexte déculpabilise Olivier à ses propres yeux. Mais ce futur médecin ne vit pas en vase clos. Comme membre d’une famille tissée serrée, sa conduite à l’étranger le tarabiscote au point de laisser transparaître son malaise. Sur le conseil de sa conjointe, il se rend même à l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac pour retrouver la paix de l’âme. Celle-ci ne se livre pas sans aveu. Aveu auquel il se refuse. Son retour à Montréal emprunte donc la voie du suicide au volant d’une auto qu’Il dirige à 140 km/h sur un pilier de l’autoroute 10. Il s’en sort tétraplégique tout en apprenant qu’il devra assumer bientôt sa paternité. Cette fois-ci, pour renouer avec la sérénité, il n’a plus le choix d’avouer les actes dont il s’est rendu coupable avec l’espoir d’être pardonné par les siens. Mais selon l’épigraphe du roman emprunté à Marguerite Yourcenar «être capable de tout comprendre est bien plus rare que de tout pardonner.» Le désarroi de la femme d’Olivier se justifie, elle qui aurait tant aimé se lover sans arrière-pensée sur le corps d’un mari bien à elle. Est-ce comme avant que « la vie continue », chante Jean-François Michaël ? Nicole Fontaine n’a pas cru bon d’épiloguer sur la question. L’originalité du roman découle de sa forme fort bien ficelée. Roman polyphonique, qui donne la parole à chaque membre de la famille, même à la mère décédée, pour qu’il se situe devant la dynamique à laquelle il est confronté bien malgré lui. Il en ressort un amour familial inébranlable qui a l’éponge facile, mais le héros s’en contentera-t-il ? Encore une question à laquelle l’auteure ne répond pas. Son roman est en fait une nouvelle de par son dénouement intempestif qui clôt la discussion sans autres considérations. Ce n’est qu’un survol de la problématique, où se décèle l’empathie de l’auteure, non pas pour un pédophile, mais pour un humain en détresse. C’est un cœur de mère qui souffre autant que son fils qu’il nous est donné de comprendre.