Des jambes en l’air pour de l’air libre

13 septembre 2009 23h53 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Parfum de courtisane

Au 17e siècle, il fallait avoir les jambes en l'air pour que certains puissent vivre à l’air libre. C’est ainsi que Marguerite de Collibret assure la libération de son père de la Bastille, où il fut emprisonné pour avoir été un fidèle agent de Fouquet, accusé d’avoir dilapidé l’argent de l’État. Louis X1V n’attendait pas à rire quand ses coffres se dégarnissaient. Dans ce contexte, certains PDG de nos institutions et leurs acolytes seraient sous les verrous pour leur gérance douteuse au lieu d’encaisser des primes au rendement. Autre temps, autres moeurs. Mœurs légères entre autres que reflétaient les salons, où les péripatéticiennes de l’époque étaient désignées sous le nom de courtisanes. Quelle élégance terminologique pour indiquer un bordel réservé aux nobles ! L’héroïne a profité de ce passage obligé pour découvrir le responsable des malheurs de son père. Un jour où l’autre, Marguerite savait qu’elle réussirait à mettre le grappin sur le beau Xavier, un noble filou de la pire espèce, avec qui elle troque son corps pour la Cour de Louis X1V. Le roman baigne dans un univers de somptuosité et de luxure. L’auteure souligne bien le caractère nobiliaire des fréquentations de ses personnages, qui vivaient, en plus, à l’époque de la préciosité, que Molière a ridiculisée dans une pièce coiffée justement du titre de Précieuses ridicules. Femmes qui se devaient de l’être devant des hommes en quête de partenaires cultivées pour leur servir de faire valoir aux yeux des envieux. Mens bella in corpore bello aurait pu être leur devise. Ça n’a rien d’olympique, mais il fallait tout de même que la courtisane soit une experte de l’alcôve. Faute d’érotisme, les performances sexuelles, empreintes souvent de sadisme, devenaient les conditions sine qua non pour satisfaire les beaux pourpoints et les beaux justaucorps. Le roman navigue davantage dans des eaux libidineuses que dans celles de la corruption administrative. Comme l’indique le titre de l’œuvre, ce sont surtout les hétaïres qui retiennent l’attention, reléguant ainsi l’administration des avoirs du royaume derrière les courbettes courtisanes. En fait, le roman est un feuilleton plutôt mièvre, qui étale, en faisant du coq à l’âne, la vie des commettants anoblis, dont les faits et gestes peu glorieux se terminent souvent en queue de poisson. C’est un monde fermé, qui déborde, en de rares occasions, sur les insatisfactions populaires à travers les personnages d’un imprimeur et du vieux Jean de La Fontaine, âgé alors de 40 ans. C’est un peu jeune pour lui accoler l’étiquette de l’âge d’or. Il en est de même du salon de Ninon de Lenclos, qui a ouvert ses portes en 1667, alors que l’héroïne s’y retrouve dès 1661. Accrocs historiques excusables, mais, tout de même, la fiction s’accommode bien de la rigueur. Ce projet ambitieux d’écriture souffre d’un manque de maîtrise de l’art romanesque. La plume, déjà alourdie par un abus de la caractérisation, s’embarrasse en plus du soin de restituer la manière d’écrire de l’époque, qui se transforme rapidement en une iconographie d’expressions vieillottes. Mieux vaut lire La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, qui abordait, en 1678, une thématique proche de celle de Jennifer Ahern, avec un verbe simple et captivant.

 

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