Hommage douteux à Brassens

11 août 2009 9h32 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Bellamy

Georges Brassens repose au cimetière Le Py à Sète, ville sise sur la Méditerranée. Tout y invite au bonheur. Le Languedoc déroule ses vignobles alors qu’un homme véreux organise sa mort pour lever le cap en compagnie de son amante. Première invraisemblance de l’histoire d’un défunt transformé en héritier, qui confie son crime crapuleux à Bellamy, un commissaire en vacances, en espérant que ce dernier interviendra pour le faire innocenter. Ce film chloroformant sur le thème de l’expiation, qui est bien en deçà de celui de Joe Wright, est accommodée aux airs de Brassens que l’on ne reconnaît pas, tellement les harmonisations de Mathieu Chabrol les ont déformés. La musique devant conférer un halo poétique à cette œuvre métamorphose cette production en spectacle de guignols, surtout quand l’avocat de l’accusé, déguisé en Brassens comme pour l’halloween, présente sa plaidoirie en massacrant allègrement l’une de ses chansons. Bellamy n’est pas une comédie policière. Contrairement à la devise de Paris, Fluctuat nec mergitur, le film flotte dans son genre et sombre avec un dénouement farfelu qui vient faire applaudir l’acquittement d’un meurtrier. L’épilogue s’explique cependant. Et ce n’est que là que le spectateur comprend que l’on a voulu lui servir une leçon à travers cette diégèse peu digestible. En fait, le scénariste, Claude Chabrol lui-même, nous incite à retenir nos jugements sur autrui. Il faut laisser aux coupables « la dignité de se mépriser » eux-mêmes. Message très évangélique évoquant l’adultère à qui Jésus invite celui qui est sans péchés de lui lancer la première pierre. La leçon est légitimée en ce monde d’aujourd’hui, qui exige que l’on lynche les soi-disant fautifs sur-le-champ. Mais le commissaire Bellamy a un passé assez trouble pour faire remarquer que tant que l’on n’a pas marché un mille dans les souliers d’autrui, il est préférable d’éviter les condamnations hâtives. Malheureusement, la trame n’implique pas un tel dénouement moral. Le scénariste laisse planer des soupçons sur des personnages énigmatiques ayant commis quelque infamie, en particulier la femme du commissaire à qui on a demandé presque uniquement de sourire béatement. Les comédiens errent dans un huis clos, dont leur délivrance devient un hommage douteux à Brassens.

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