26 juin 2009 7h49 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Raphaëlle en miettes
Qui aime trop meurt de ne pas être aimé assez. Vouloir aimer dans un monde aléatoire, c’est aimer un nuage. Il laisse quelques gouttes de pluie rafraîchissante sur son passage et se dissipe. Le suivre, c’est se condamner à disparaître dans la masse nuageuse des sentiments, qui ne parviennent pas à se fixer dans un firmament immuable. Serge Lama l’a chanté. La vie s’annonce comme un poème d’amour, mais les césures la broient sous les roues allergiques au bonheur qui veut s’installer à demeure. Dorénavant, seule sur la route en autostoppeuse, Raphaëlle tente de renouer avec lui en empruntant l’itinéraire qui mène à la côte ouest des États-Unis. Le bon samaritain, qui la fait monter, est une femme. Sa générosité comprend l’intimité partagée dans les motels attendant le voyageur assoiffé d’un corps chaud sur sa peau brûlant des feux de la trahison. De port en port, ce n’est qu’un nouveau départ. Cette fois-ci, avec comme compagnon d’infortune, un chien égaré, échangeant caresses contre amitié fidèle. Il sera son garde du corps alors qu’elle tendra une main sale vers le passant pressé de se débarrasser de son petit change pour se donner bonne conscience. Sa descente aux enfers suit les traces de La Divine Comédie de Dante. Le paradis est à la portée d’un appel téléphonique à la sœur surprotectrice, infiniment miséricordieuse à l’égard de sa cadette, qui a profité de la faiblesse de son mari. C’est Sept-Îles, le lieu béni de son enfance, qu’elle a choisi pour attendre sa fille Hania qu’elle a abandonnée pour faire le deuil d’un amour, dont elle est toujours malade. L’auteure a dressé le tableau des intempéries qui frappent l’humanité fragile. Il en résulte un ramassis de clichés intégrés dans un même personnage déviant, qui rappelle la robineuse : père alcoolique et incestueux, parents séparés, infidélité, abandon, alcoolisme, drogues, itinérance, vol, suicide. C’est malheureux d’autant plus que la technique d’écriture est à point, en particulier les dialogues protégés de l’ennui du discours direct. Le récit des dires des personnages dame le pion brillamment à la réplique théâtrale. Bref, c’est une œuvre intéressante, axée sur le pardon, mais qui virevolte au-dessus de tous les champs d’un amour en deuil au lieu de se poser dans l’un d’eux.