Prison de femme

18 mai 2009 7h58 · Paul Proulx

Par les temps qui courent, au Québec, se publient trois genres de roman. Les auteurs romancent d’abord le contenu informatif des sites Internet que l’on destine aux adultes avec un esprit d’adolescent. De plus, les personnages sont asexués comme dans la collection Bibliothèque verte de ma jeunesse, qui offrait des romans expurgés de toute trace maligne.  Les deux D sont des spécialistes du genre : les cousins Dickner et Dupont.  En deuxième lieu, on écrit, pour les cégépiens, des résumés romancés de cours 101 : Gravel-Richard, Benoît Séguin. Enfin, on écrit des romans trash, qui remuent les fonds de poubelles, pour encourager les désaxés à affiner leur technique. Les éditions Coups de tête se spécialisent dans le genre. Le meurtre et l’abus sexuel sont devenus d’une banalité répugnante. Âmes sensibles, s’abstenir. Frédérik Durand offre un bon exemple du genre avec Je hurle à la lune comme un chien sauvage. Édouard H. Bond lui vole la vedette avec Maison de poupées. Ce dernier devrait payer des redevances à Carla Homalka, qui semble avoir aussi inspiré de nombreux auteurs de polars. Dans le roman de Bond, « la maison de poupées » de Saint-Jean-de-Matha ferait passer Guantanamo pour un Clud Med. On y accueille des femmes trop dangereuses pour être détenues à la prison Tanguay de Montréal. L’horreur les attend sous la férule d’une directrice dévoyée et de son personnel dévoué de brebis galeuses. L’auteur a écrit « de chiennes sales », ça punch plus. Quand les victimes en auront assez de ce régime de violence et d’abus sexuels, la révolte grondera d’autant plus forte qu’une cannibale fait partie de ces belles « poupées ». Le sujet est cautionnable, mais non le traitement adapté uniquement aux plaisirs déviants.

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