Le Star Académie des vrais artistes

15 avril 2009 18h23 · Paul Proulx

Le Latulipe tombe en ruines, mais les jeunes spectateurs ne ruminaient pas leurs plaisirs sans, pour autant, miner les tables avec leurs bouteilles de bière encombrantes. La mine réjouie de tous et chacun indiquait bien que la soirée fit florès. Des comédiens de talent nous ont prouvé que leurs vertes années n’avaient pas besoin du poids des ans pour interpréter la complexité de l’humanité. Le numéro d’envol indique le large éventail des thèmes que nos jeunes peuvent aborder. Et c’est avec la mort que débute la soirée. Une jeune femme se demande comment elle affrontera le deuil que lui impose le suicide de sa sœur, une autre victime du désarroi, qui pousse une personne à mettre fin à ses jours à tous les quatre minutes dans la plus grande indifférence. En patins à roulettes, la comédienne, Caroline Bernier-Dionne, démontre que la course de la vie mène à des culs-de-sac, qui nous obligent à courir encore plus vite pour survivre contre toute espérance à la manière du film de Bernard Émond. Joué avec crédibilité, le texte est convaincant même si les quelques lignes de morale de la fin mettent un terme abrupt au propos. Pour le deuxième numéro, la parole cède la place aux gestes. Comment mime-t-on une critique sociale pour que tous évaluent les impératifs qui nous gouvernent ? Hormis les longueurs, la gestuelle est efficace d’autant plus que l’auteure Vicky Côté a eu recours à un ludisme nourri de trouvailles, en particulier celle des longues manches des vêtements qui, nouées ensemble, soulignent la solidarité qui devrait nous inspirer. Bravo au comédien Patrick Simard, dont l’expression corporelle, comme l’image, vaut mille mots ! Pour terminer la soirée en beauté, Émilie Gilbert interprète un texte de Justin Laramée. Versatile, elle joue, avec justesse, quatre Mélanie toutes aussi différentes les unes que les autres. Chacune est engagée dans la course au bonheur, mais le bout de la piste plonge dans le vide. Faire le saut de l’ange n’est pas donné à tout le monde. La femme sort égratignée, voire mutilée, par ses expériences qu’elles auraient voulues tant formatrices. La quatrième Mélanie est une élève du primaire. Il est curieux que l’on ait songé de la présenter en soutien-gorge et en jupe de plage alors que les écoles publiques imposent de plus en plus l’uniforme pour contourner les extravagances vestimentaires. Malgré ce non-sens de la mise en scène, l’auteur a bien discerné la dynamique à laquelle la femme est confrontée. Nous avons eu droit à des textes réfléchis, des interprétations justes, tout ce qu’il faut pour miser sur une relève, dont la maturité impressionne. Bref, un festival qui sert de Star Académie à de véritables artistes.

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