Finaliste au prix des libraires

26 mars 2009 13h34 · Paul Proulx

Finaliste au prix des libraires 2009, ce roman fait un tabac parmi les chroniqueurs et les bloggeurs. Il est honoré de 15 commentaires élogieux sur Internet. Le 16e fera l’effet d’une douche froide. Ce n’est pas son manque d’intérêt qui a failli à la tâche. La matière captive, mais échoue à l’épreuve de la facture. L’œuvre n’est pas sans qualités. Parmi celles-ci ressort le don d’harponner le lecteur. Après quelques pages de lecture, nous fléchissons devant son charme. L’écriture évoque l’art des auteurs du X1Xe siècle, voire ceux du XV111e : la belle phrase complexe déroulant, en concordance avec les temps de verbe, son tapis de propositions subordonnées. C’est du plus bel effet, qui vient en contradiction avec la déclaration prétentieuse de Jean Barbe À tout le monde en parle, à savoir que les jeunes auteurs ne maîtrisent pas la syntaxe. Hormis quelques coquilles oubliées par un éditeur peu valeureux à ce chapitre, la phraséologie peut paraître pompeuse aux yeux des ignares, mais elle s’éloigne d’un archaïsme qui se donnerait un second souffle. Même le titre s’inspire des traités anciens et, en particulier, de la grammaire de Maurice Grevisse, intitulée Le Bon Usage. Les étoiles damant le pion, en toute convivialité, aux règles grammaticales. Étoiles plutôt filantes, qui n’accordent que le temps de séduire la promise avec une constellation relevant du cru du soupirant. C’est l’une des nombreuses digressions, qui s’imbriquent fort peu à la trame romanesque. Il en résulte un patchwork tenu par un faufilage étriqué. Depuis l’avènement de l’Internet, les romanciers enrichissent, soi-disant, leurs œuvres de renseignements, qui soulèvent, certes, la curiosité, mais qui défient toute pertinence. Dominique Fortier raconte l’étymologie du mot thé et rapporte un extrait du Voyage dans la lune de Cyrano de Bergerac. Aucun lien d’intertextualité ni rôle d’accélérant dramatique. En somme, le roman navigue majestueusement dans une mer harnachée de digues informatives. Ces apports étrangers jouent en défaveur de l’émotion. En s’effectuant aux dépens de la psychologie des personnages, la recherche documentaire dégage une impression de rigueur, qui sent le rapport scientifique. Il faut attendre la seconde moitié du roman avant que ne se dévoile le visage des personnages affectés par ce drame. La narration effleure à peine les enjeux en cause dans une société victorienne décrite bien chichement. Il aurait fallu s’en tenir aux réactions des marins prisonniers de leurs bateaux entravés par les glaces, dans le contexte d’une Albion en quête d’expansion à travers l’exploration de l’Arctique. Cependant il faut rendre hommage à l’auteure pour l’importance accordée aux femmes de ces explorateurs, à qui elle a évité de donner une stature démesurée. Elle a respecté une juste mesure pour contourner le piège du sensationnalisme. Bref, la facture boiteuse devrait retenir les libraires d’accorder leur prix prestigieux à ce roman.  

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