24 mars 2009 9h19 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Starmania
Luc Plamondon a fait preuve de prémonition en écrivant ce texte pour la musique de Michel Berger. Trente ans après sa première représentation, Starmania est resté d’une brûlante actualité. Et sa version lyrique lui conservera une jeunesse pour bien des années encore, à moins qu’Obama change la face du monde. Cette œuvre est une critique acerbe de notre société, celle gouvernée par un genre de Bush défenseur d’un paradis occidental, dont personne ne veut, hormis les intégristes chrétiens. Bien avant le 11 septembre 2001, Luc Plamondon avait prévu pour Starmania l’explosion d’une tour devant entraîner la mort d’un président de l’Occident contesté par un groupe terroriste voué à sa perte. Ce spectacle nous donne l’impression d’écouter un bulletin de nouvelles, impression accrue par le rôle virtuel tenu par James Hyndman qui, comme Bernard Derome, nous livre les derniers développements de l’actualité d’un soi-disant pays démocratique. Luc Plamondon a indiqué les « zones sinistrées » de notre sinistre société à l’instar de Daniel Bélanger, auxquelles s’identifient les spectateurs, qui assurent le succès de l’œuvre par voie de conséquence. Qui a dit que ce n’est que l’humour qui attire les foules ? Succès d’autant plus mérité que la mise en scène confère à Starmania une magie rarement égalée sur les scènes québécoises. Grâce à l’éclairage sophistiqué des LED, s’érigent des décors virtuels créant les atmosphères ténébreuses dans lesquelles baignent des chanteurs à la voix d’or et seize danseurs, dont les reptations font ressortir, avec justesse, l’imaginaire plamondien. Il n’est que naturel que l’on veuille se sortir d’un monde cauchemardesque. Marie-Josée Lord, alias Marie-Jeanne, le souhaite, mais sa naïveté n’est pas assez grande pour ignorer qu’elle vit dans un monde de ténèbres à la Marie-Claire Blais, où il vaut mieux « mourir ». Le rideau tombe sur ce dernier mot pendant que se lève derrière elle un soleil, qui soulève quelque espoir : « Je cherche le soleil au milieu de ma nuit. Stone, le monde est stone. J'ai plus envie d'me battre, j'ai plus envie d'courir comme tous ces automates qui bâtissent des empires que le vent peut détruire comme des châteaux de cartes.» De toute beauté !