Le Rallye du bonheur en Lada

27 février 2009 13h36 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Points tournants (Les)

Cette magnifique pièce exhale le nationalisme écossais, mais la traduction réductrice d'Olivier Choinière l'a transformée en pâté chinois assaisonné de jurons. Cette interférence gâte le plaisir de s’initier par soi-même à la culture écossaise à travers Alex et Brian, deux jeunes en cavale. A-t-on choisi comme cible des cégépiens attardés qui seraient incapables d’identifier les points communs qui établissent leur appartenance à un univers qui les englobe ? Malgré cet affadissement, l’œuvre originale préserve l’intention première du dramaturge, qui a circonscrit la perte d’identité de la jeunesse écossaise. Le pays n’est connu que par des images d’Épinal, telles que les Highlands, peuplés de bergers, alors que cette région est née après l’expropriation des habitants, comme à Mirabel, en faveur de l’élevage ovin. Transcendant la vacuité du touriste en quête de photos numérisées, la pièce explore les phénomènes sociaux, qui ont bouleversé l’Écosse. L’intrigue se noue à partir d’un vol, non pas d’un maillet de croquet, mais d’une batte de baseball (bizarre) dans un magasin de sport, qui concourt au licenciement d’Alex par Bink, le propriétaire psychopathe. Comme vengeance, il lui chaparde une planche de surf. Pour éviter les répercussions de son geste, il fuit avec Brian, un compagnon d’infortune. Au volant d’une minoune, en l’occurrence une Lada, les comparses filent vers Thurso, la Mecque du surf en Écosse, sans savoir que Bink les poursuit en moto pour reprendre son butin. S’engage un vrai duel à l’instar du célèbre film. Intéressante poursuite, qui fait défiler le magnifique paysage des Highlands, sans qu’Alex y accorde d’attention. Désoeuvré, tout lui semble fade, mais cette chasse interminable l'amène ainsi que Brian à se pencher sur les points tournants de leur vie, responsables des bêtes noires qui les assaillent. Ces mises en abîme indiquent qu’un recours à l’aide s’avère opportun. À l’instar de Guillaume Vigneault, Stephen Greenhorn leur désigne un maître. Coïncidence, il s’agit du même, un spécialiste du surf, qui les remettra sur leur planche. Telle Yolande Villemaire, ces auteurs exploitent à leur manière la thématique de l’eau purificatrice des passés corrupteurs. L’allégorie enseigne qu’il existe une vague pour se laisser porter sans se laisser détruire. À chacun sa déferlante ! Cette pièce se prête mieux au cinéma, mais le metteur en scène a su tirer profit de la petitesse de La Licorne. Son rallye du bonheur en Lada est des plus crédible. Comme la tortue, ça ne roule pas vite, mais la victoire n’est pas une inaccessible étoile, à moins de se complaire, comme Bink, dans le monde des ténèbres.

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