La Dictature de l’art

27 janvier 2009 9h48 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Pillowman (Le)

Martin McDonagh a remporté plusieurs prix avec Pillowman.  Sa pièce nous avertit que l’art n’est pas neutre. Il stimule l’imaginaire, comme le prouve le canal érotique qui s’affiche quand on met le téléviseur en marche dans une chambre de motel. Pour le cas spécifique de Pillowman, un boucher bien en chair lit à son frérot débile des contes d’horreur dont il est l’auteur. Une circonstance imprécisée conduit les sbires d’une dictature vers cette œuvre confinée au tiroir, hormis un seul texte qui fut publié dans un journal. Curieuse coïncidence ! Les actes violents racontés correspondent à ceux survenus récemment dans la ville. Les policiers remontent facilement vers l’amont de ces exactions sanguinaires. Le premier volet de cette comédie noire s’attarde au huis clos de l’interrogatoire entachée par la torture afin d’inculper le conteur boucher. Qui n’a pas à crier vengeance pour un incident dont il a été victime dans son enfance ? Le deuxième volet sert de catharsis à tous les personnages, y compris les détectives, qui ont souffert des dysfonctions parentales. Comme Harper, on en appelle à la loi du talion afin d’enrayer toute déviance. Et les plus humains, comme Pillowman, le personnage de l’un des contes controversés, se transforment en Lennie dans Des souris et des hommes afin d’éliminer les victimes potentielles de la méchanceté humaine. Malgré la dureté du discours, comme celui des Fleurs du mal de Baudelaire, la poésie n’abandonne pas ses droits, pas plus que l’humour qui déclenche les fous rires dans les salons funéraires. Traduite avec brio, cette pièce est interprétée par des comédiens sensibles qui suscitent notre sympathie à l’égard de ce drame sur ces artistes inconscients de leur pouvoir.

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