16 janvier 2009 13h37 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Pillowman (Le)
Pillowman a valu plusieurs prix au dramaturge londonien, Martin McDonagh. Il n’a pas jonglé avec le sens qu’il fallait donner à sa pièce. Il pose une question directe : quel est l’impact de l’art ? Réponse fournie dans Le Rouge idéal de Jacques Côté. L’art n’est pas neutre. Il stigmatise l’imaginaire de ceux qui s’en nourrissent. C’est le cas d’un boucher qui lit à son frère, un débile léger, des contes d’horreur dont il est l’auteur. Des circonstances nébuleuses conduisent les sbires d’une dictature vers cette œuvre qui n’a jamais été publiée, hormis un seul texte. Curieuse coïncidence ! Le contenu évoque des actes violents commis récemment dans la ville. Le pas entre ces exactions et leur genèse est facile à franchir. Le premier volet de cette comédie noire présente le huis clos de l’interrogatoire, entaché par la torture, afin d’inculper le conteur boucher. Qui n’a pas à crier vengeance pour un incident dont il a été victime dans son enfance ? À l’instar de La Vie est ailleurs de Milan Kundera, le deuxième volet sert de catharsis pour tous les personnages qui mènent une vie en marge de la folie que, croient-ils, la mort anéantirait. Tuer les responsables de déviances et les innocents pour qu’ils ne souffrent pas, comme le fait Pillowman, personnage d’un conte du héros à l’instar de Lennie dans Des souris et des hommes. La dentelle serait incongrue dans cette pièce. Mais la traduction captivante réduit deux heures en un court instant magique ce spectacle empreint d’hémoglobine et de testostérone, parvenant même à rendre la poésie et l’humour qui sourdent derrière ces drames enracinés dans les carences parentales et l’inconscience artistique, dont on accuse le Bye Bye 2009. Chapeau aux comédiens qui offrent une touchante interprétation de leur rôle !