Famille, je te hais

10 janvier 2009 12h08 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Premier jour du reste de ta vie (Le)

Les plus anciens se rappellent Les Plouffe de Roger Lemelin, qui les rassemblait devant le petit écran dans les années 1950. Au tableau de nos institutions, la famille est peut-être la plus malmenée, mais certains y tiennent encore, comme à la prunelle de leurs yeux. Beaucoup d’hypocrisie se cache derrière la célébration qu’on lui fait. À preuve, ce n’est pas d’hier que l’on vient à sa rescousse, comme Marcel Dubé l’a fait avec Médée, un jeune qui se sacrifie pour les siens après la mort de ses parents. En saisissant le relais, Rémi Bezançon rappelle que la famille est le lieu privilégié du développement harmonieux de ses membres. La prémisse heureuse présidant aux unions s’étiole souvent avec le temps. Et pour survivre, il est de mise d’exercer ses crocs en représailles contre les soi-disant carences parentales. Le scénariste signale que les apparences sont trompeuses. Il ne faut pas attendre la maladie ou la mort pour le réaliser. Derrière l’image chiante de la famille se cache un amour toujours vivant. À partir d’éléments empruntés à un cours 101 de psychologie, il a tracé le portrait de l’entourage d’un chauffeur de taxi. À travers un moment capital de leur vie, il illustre comment on s’est sentis déclassés aux yeux d’autrui. Cette trame rapproche le film d’une chronique un peu éparpillée. Tout concourt à détruire cette famille, mais des événements douloureux viennent la sauver. Ce n’est qu’après un long prologue ennuyeux que nous entrons dans le vif de l’action alors que les ressentiments des personnages éclatent au grand jour. Il est évident que l’on cherche notre apitoiement afin de nous décrocher quelques larmes rentables au box office. La recette aurait exigé l’usage du blender pour plus d’onctuosité, sans compter les raccourcis qui taisent, par exemple, comment l’un des fils soit devenu un œnologue aguerri dès sa naissance. Bref, ce film très hexagonal déballe un triste constat, qui faisait dire à André Gide : « Famille, je te hais. »

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