20 octobre 2008 10h16 · Paul Proulx
Derrière le rideau des montagnes dressé devant la Méditerranée se cache Rosa, la «reine choche», responsable des purges du Doc Duvalier. Ce père maudit de la nation haïtienne a confié à une femme l’extermination de ses prétendus opposants parce qu’il croyait, en bon macho, que la gent féminine était plus douée à la tête d’une mission mortifère en raison de leur cruauté à l’instar de l’alligator. Avec ses «gazelles féroces», Rosa a ratissé l’île jusqu’à la mort du tyran. Elle a fui alors en France pour ne pas subir à son tour la médecine purgative de Baby Doc. La marâtre a emmené, avec elle à Gourdaix, la jeune Laura, une femme qu’elle avait prise, enfant, sous son aile. Sur ce canevas, l’auteure a peint le tableau des âmes humiliées qui ont survécu aux exactions d’«oiseaux fous», comme les qualifie Dany Laferrière. Elle incarne la haine et le désir de vengeance de deux victimes, soit Laura, une femme encore soumise à son bourreau et Antoine Guibert, un écrivain qui a débusqué Rosa afin de lui faire avouer ses crimes avant de l’éliminer. Ce dernier élabore avec fureur des scénarii pour réaliser son objectif tout en comptant sur Laura pour y parvenir. Ils palabrent, un peu trop, pour déterminer le moyen le plus approprié pour se débarrasser de leur tortionnaire. Voilà le dilemme choisi pour soutenir l’intérêt du lecteur. Dilemme un peu faible parce qu’il traîne en longueur et en considérations redondantes. Malgré le bémol, Marie-Célie Agnant a mené son projet d’écriture avec art. Elle nous sensibilise à l’abjection qui a réduit les Haïtiens, même dans leur propre pays, à des citoyens de seconde zone. Cette blessure, presque génétique, les suit jusque dans l’exil, telle que le démontre Côte-des-Nègres, un roman de Mauricio Segura sur les gangs de rue.