De la Bantoue à l’Antillaise

14 octobre 2008 9h07 · Paul Proulx

Avec ce roman, le meilleur de l’auteure, Marie-Célie Agnant donne la vision féminine du film Amistad. À travers Emma, accusée du meurtre de sa fille, nous découvrons la personnalité de la femme antillaise. Internée dans un institut psychiatrique, elle se confie à Flore, embauchée pour communiquer ses propos au médecin traitant. Empathique au sort de cette patiente, l’interprète créole prend sur ses épaules le soin de découvrir la motivation qui a poussé Emma à commettre un infanticide. Le canevas sert de prétexte pour sortir de la filière le dossier qui expliquerait la destinée de la gent créole. La grand’mère bantoue fut arrachée à sa terre guinéenne et emmenée dans la cale d’un négrier jusqu’aux Antilles, où elle devint une esclave marquée au fer rouge par son propriétaire, qui ne la confinait pas seulement aux travaux des champs, mais qui l’offrait aussi en pâture aux désirs des hommes de toutes couleurs. Les ancêtres féminines d’Emma se sont ainsi forgé une âme d’humiliées qu’elles se sont transmise de génération en génération. Que faire pour mettre fin à cette « malédiction du sang » ? Emma a cru bon de rompre avec cet atavisme en refusant la vie à sa fille. Dans le contexte d’une femme obnubilée par son sort, l’auteure, comme Dominique Bona et Maryse Condé, a tracé un portrait de la Créole, qui réaligne le regard que nous pouvons porter sur elle, voire sur les jeunes noirs de Montréal-Nord. L’armature alternative du roman recoupe le passé et le présent pour ajuster l’Histoire antillaise à la réalité. Cette forme très littéraire de mouler la thématique ne nuit aucunement à l’écriture, qui parvient à créer une atmosphère chargée d’émotions, tout en contournant le piège du mélodrame.

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