6 octobre 2008 20h32 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Halpern et Johnson
La mort est riche d’enseignements comme le démontre cette pièce. Joseph Halpern vient de perdre sa femme Florence alors que Dennis Johnson en est tout autant affecté comme premier amoureux de sa vie. Ces retraités font connaissance lors de son inhumation. S’en suit une rencontre ultérieure dans un parc de la ville de New York, qui met en parallèle des hommes tout en contrastes. Johnson est un comptable cultivé et sensible tandis que Halpern est un fabricant de boites de carton plutôt rustre. La pièce joue sur cette différence pour afficher les facettes d’une héroïne omniprésente au-delà de la mort. Son mari aura vu en elle la ménagère bien entretenue, et son premier amoureux, une femme aux affinités culturelles qui le rejoignent comme l’opéra. Quelle surprise pour Halpern de découvrir ce visage de «Flo», comme il l’appelle ! Ces hommes n’ont pas connu en somme le même être. Les révélations de part et d’autre provoquent des réactions hostiles qui risquent de mettre fin à leur rencontre. Elle se poursuit tout de même au point d’être déterminante pour assurer le deuil de chacun. Deuil profond même pour Johnson. Florence et lui se sont aimés en fait toute leur vie. Ils ont sublimé leur amour quand les parents, juifs, ont refusé le mariage de leur fille à un catholique. Les comédiens s’affrontent sur scène avec brio. Le décor par contre ne soutient aucunement leurs interprétations. Les deux rencontres au cimetière se tiennent entre des pans de verdure sans grandes significations. Le dépouillement du lieu n’ajoute rien à l’intériorité de ce huis clos bien articulé et touchant sur l’amour. Mais le plus agaçant touche les niveaux de langue. Le traducteur a cru bon d’accentuer la différence linguistique qui distingue un badaud d’un homme de culture. Le Werther de Goethe au pays des cow-boys.