Des Kabyles immigrés à Montréal

6 septembre 2008 9h09 · Paul Proulx

La page couverture du roman reproduit la sculpture de Constantin Brancusi, érigée  à l’angle des rues Saint-Denis et Sherbrooke. Le choix est pertinent parce qu’il révèle la quête poursuivie par les membres d’une famille kabyle installée à Montréal. Tous cherchent la rencontre de l’autre, une rencontre vivifiante dans l’empire des sens, où « le ciel est encombré de bleu ». Malheureusement, c’est un ouvrage inachevé à cause du caractère flou de personnages engagés dans un destin, lui aussi, fort diffus. L’écriture masque les carences du profilage psychologique autant que de la structure qui ne parvient pas à circonscrire l’éclatement de la linéarité. Tout est présenté dans un magma qu’enjolivent des aphorismes afférents à la maturité. En fait, c’est du gongorisme qui supplée à l’inexpérience romanesque de l’auteure. Si l’écriture semble poétique, c’est que la phraséologie se moule presque toujours dans sa forme verbale ou nominale. La syntaxe absente, le lyrisme l’emporte au détriment d’une logique qui rendrait l’expression moins boiteuse, comme ce passage qui valorise le rasage des cheveux : « Seulement, là, ses yeux, encore plus. La lumière comme les aveugles, ses yeux sans parasols, sans rideaux. À trouer l’asphalte pour arriver au bleu, derrière la lave, de l’autre côté du terrestre. » Autrement dit, les chauves sont plus clairvoyants. Ce n’est que raisonnement fallacieux. Parfois l’écriture se compare même au langage approximatif de celui qui apprend une nouvelle langue. Bref, c’est d’une lourdeur qui risque de se faire passer pour du style. D’aucuns n’y verront que du feu, mais ce roman n’est qu’une ébauche, présage de lendemains prometteurs.

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