3 juillet 2008 9h59 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Ben X
Visiter les camps pour autistes de Crabtree ou de Saint-Hippolyte est suffisant pour nous convaincre de l’ampleur du problème. D’ailleurs, on y affecte souvent un moniteur par enfant. Il faut admirer les parents que Nic Balthazar met en vedette dans Ben X. Les difficultés de l’ado partagent le même temps que celles de sa famille. Choix judicieux de sa part de ne pas avoir décomposé ce tout indivisible, sinon il n’aurait présenté qu’un cahier de charges ennuyeux, dont un autiste peut être victime. En plus des préoccupations parentales, le film fait ressortir évidemment ce que l’ignorance peut engendrer. La différence est soumise à l’intolérance. Les pairs se valorisent aux dépens des plus faibles par crainte de leur ressembler, surtout chez les adolescents qui ont l’esprit de mouton pour se sécuriser. Leur cruauté est exacerbée quand il s’agit de montrer à l’autre qu’il n’est pas une copie conforme du troupeau. Les relations malsaines de la fratrie sont souvent dénoncées. L’université McGill a même interdit l’existence d’une équipe de football à cause d’abus du genre. Et l’offense suprême est évidemment la mise à poils en public. Ben ne peut échapper à cette humiliation. Qu’il pense au suicide est d’une logique plausible. L’assassinat moral est pire que la balle qui élimine le soi-disant indésirable. Le réalisateur joue avec ces notions en les incorporant dans un jeu virtuel auquel se livre le héros. Il s’est inspiré des jeux vidéo pour mettre en exergue sa personnalité renfrognée. Heureusement, la technologie se présente comme guérisseuse de l’âme. Depuis quelque temps, elle a ouvert le champ de l’imaginaire de nos artistes de la plume ou de la caméra, comme l’a prouvé Fulvio Caccia dans La Frontière tatouée. La souris à la rescousse du bonheur ou de son contraire ! Film bien de son temps, dont le scénario ressemble à une nouvelle littéraire qui tente d’égarer le spectateur dans les dédales qui mènent au dénouement.