23 avril 2008 8h52 · Paul Proulx
Après avoir bourlingué en vain aux États-Unis pour dénicher le nid qui lui ouvrirait les portes de l’écriture, le héros se rabat sur le Carré Saint-Louis. Comme dans En attendant Godot, il attend la symbiose avec la faune qui se rassemble autour de la fontaine de ce fameux square du centre-ville de Montréal pour tracer un premier trait. Peine perdue malgré les appuis tacites de son vieux mentor spirituel, une schizophrène qu’il emmène partout dans ses pérégrinations ! L’écrivain en quête d’un premier roman cherche des assises auprès de ces paumés qu’ils observent de longues heures durant, tout en s’occupant le reste du temps d’un vieil homme qu’il a pris sous son aile. L’auteur trace en fait le quotidien de ce couple dépareillé, qui existe grâce à la grande bonté de Léon. Une vraie sœur Térésa qui manifeste de la commisération pour les perdants à la loterie de la vie, en particulier pour les malades mentaux comme Coco, un poète perdu dans ses pensées comme Nelligan. Ce tableau fraternel, à l’instar de celui de Samuel Beckett, est malheureusement dessiné à gros traits. L’auteur consacre à tous ces laissés-pour-compte un court chapitre dans lequel ils font trois petits tours, puis s’en vont. Cette œuvre n’est pas le roman de l’unité autour des voix de la désolation. C’est plutôt un dictionnaire sur les malheurs d’autrui, y compris ceux de Coco, celui qui, malgré sa maladie, pousse insciemment Léon à écrire. Bref, le vieil homme est le fil conducteur qui se coupe au soir de ce happening tragique au Carré Saint-Louis. C’est beau pour l’intérêt que Léon porte aux plus mal pris, mais le ficelage est un peu bringuebalant, sans compter l’écriture, quoique châtiée, qui appartient à une époque déjà déphasée. Mais, heureusement, l’auteur a évité le lyrisme en recourant à une narration à la troisième personne. Quant à moi, je préfère Asphalte et Vodka de Michel Vézina, un roman mieux étayé sur un sujet connexe.