14 novembre 2010 20h09 · Michel Mongeau
Cette semaine, il fallait être aveugle pour manquer la présence du duo un peu partout dans les médias montréalais. Je n'ai rien contre Alfa, ni Rococo d'ailleurs. Au contraire, ils ont l'air sympathiques, intelligents et désireux de produire une pop avec neurones et un tantinet recherchée. Et tant mieux s'ils ont l'exposure suffisante pour vendre leur nouveau DC et leur éventuelle tournée provinciale. Ce qui dérange et ce n'est pas la faute de ces laborieuses jeunes personnes, c'est l'inéquité des moyens chez la artistes de la scène musicale québécoise. Je lisais ce matin une entrevue avec Jordan Officer, qui affirmait vendre autour de 2, 500 copies de ses propositions endisquées. Et encore, Jordan est relativement connu et "établi". Dans un autre registre, un ami du milieu jazzistique national me disait faire des ventes qui dépassent rarement les 1000 copies ce qui est, il faut le constater, à peine suffisant pour rembourser les frais investis dans la production de la fameuse platine numérique. Les Québécois devraient peut-être exiger une "commission d'enquête" sur ce qu'il advient de leur argent dans la sphère culturelle. Combien investit-on dans la construction et la rénovation des salles de spectacles? Qui profite de ces salles, chez les artistes? Les prix d'entrée à ces spectacles ne contribuent-ils pas à maintenir, également, une caste qui bénéficie déjà des largesses du financement public? Quels sont les revenus annuels d'un musicien (enne) professionnelle dans les domaines du jazz ou de la musique dite classique, quand on sait la formation et l'expérience qui sont exigées pour se faire une vie dans ces milieux? À quoi peut bien servir de recevoir de l'Adisq un Felix, pour un artiste qui gravite autour d'une autre planète que celle de la pop médiatisée? Chez nous, dans ce beau Québec qui tangue vers la droite, il est bien difficile d'échapper à la force gravitationnelle de la pop francophone et de l'humour institutionnalisé.