2 mars 2010 17h59 · Michel Mongeau
Bien que je sois assez largement d'accord avec mon confrère Baillargeon, il faut penser que les dernières réformes, dans un esprit parfaitement libéral, ont été adoptées dans le but d'augmenter les chiffres en matière de diplômation, histoire de rendre le Québec plus ''alléchant'' sur le plan du développement des investissements financiers locaux et étrangers. De plus, cette obsession quantitative du taux de diplômation a été entérinée par les syndicats de l'enseignement et tous ceux qui ont vu dans cette entreprise de nivellement par le bas, la condition sine qua non de protection du réseau et des différents groupes de travailleurs qui y sont reliés.
La fameuse pédagogie par projets a été vue comme un moyen de garder les élèves plus longtemps sur les bancs d'école à une époque où le taux de natalité n'a pas systématiquement augmenté depuis des années. Pour alimenter davantage cette inquiétude, il faut ajouter à cette précédente réalité les 15 à 20 heures de travail rémunéré qu'effectue une bonne majorité de cégépiens (nes) québécois (es). Et combien d'heures par semaine passent-ils aussi à pitonner sur leurs cellulaires de toutes sortes, IPod, Playstation, Home theatre, lecteurs portatifs de DVD, ordinateurs maison ou portables à ''communiquer'' sur Facebook, Twitter ou autres sites d'amitié à distance? Ils vivent dans l'instantané, le cyber-exhibitionnisme , le bavardage superficiel, la culture américanoïde et ses clichés, souvent sans mémoire et insertion réelle dans la grande communauté humaine et ses si pressants défis.
Tous et toutes? Étant enseignant dans les cégeps depuis les années 1980, il m'arrive de plus en plus souvent de me faire demander, avec candeur et parfois même avec un filet d'arrogance, si ce que nous faisons en classe est important et si ça fera partie d'une évaluation. Les '' décideurs'' ont opté pour l'ouverture des portes du système éducatif et, la quadrature du cercle étant impossible, le monde de l'éducation a été forcé de s'adapter à ces objectifs plus économiques que profondément humanistes.
Est-ce, comme le soutiennent ici mes collègues enseignants, une si grande catastrophe? Je crois qu'il va falloir attendre pour analyser les résultats globaux de cette orientation. Dans le quotidien du boulot, je vois heureusement beaucoup d'enseignants (es) prendre des distances face à l'idéologie pédagogique des conseillers et gourous du MEQ, pour offrir à leurs élèves des cours avec du contenu, des savoirs et des connaissances. On ne peut cependant pas nier qu'avec certains groupes, programmes ou cohortes, il y a de quoi s'inquiéter très sérieusement. La ''réforme de la réforme'' devra avoir lieu, mais il faut dire que cette valse macabre épuise le personnel et génère beaucoup de cynisme. Même si cela parait un truisme, le Québec éducatif implose sous cette bureaucratie déconnectée et non confiante dans le professionnalisme de ses éducateurs et éducatrices. Il n'est pas facile d'intéresser une jeune personne d'aujourd'hui à la logique d'Aristote, au principe d'incertitude ou à la naissance de l'industrialisation, quand il revient d'une joute de ''Prince of Persia'', d'un spectacle de L.J.Houde ou d'une avalanche de Speed Metal…