É-U= L’art de faire dire aux chiffres le contraire de ce qu’ils signifient

1 novembre 2009 14h33 · André Serra

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Le PIB des É-U du troisième trimestre de 2009 vient d'être annoncé en
hausse de 3,5% par le département du Commerce des É-U. Cette nouvelle serait
bien venue si d'autres informations ne venaient mettre en doute cette
performance, ou du moins son intérêt, d'autant plus que pour la Maison Blanche,
elle prétend apporter la preuve que ce pays serait sorti de la crise dans le
courant de l'été.

Je citerai deux exemples significatifs.

Tout d'abord, selon la Maison Blanche, le plan de relance du 17 février
concocté par Geithner, le représentant au Trésor, serait responsable de 3 ou 4%
dans ce taux de PIB (dépêche du 30-10-09 de l'AFP).

Trop parler peut cependant nuire, car si cette assertion était
confirmée, cela voudrait dire que sans ce plan, l'économie étasunienne n'aurait
présenté aucune croissance naturelle au cours de cette période, et que par conséquent
son seul résultat aurait été d'avoir creusé la dette publique de 340 milliards
( montant indiqué comme dépensé à la fin septembre, sur le montant de 787
milliards accordé par le Congrès ).

On serait donc loin d'une sortie de crise véritable, puisque le montant
du PIB " naturel " aurait encore été inférieur au PIB d'avant crise.
Dans ces conditions, on comprend que tous les niveaux politiques du pays puissent
considérer qu'il faille continuer à maintenir l'économie sous respiration
artificielle, notamment en conservant le taux de la Fed à 0%, autrement dit
sous endettement continu ou impression continue de dollars sans contrepartie.
Personnellement, je suis porté à considérer ce résultat plutôt comme une
aggravation de la crise que son contraire.

D'autres résultats vont d'ailleurs dans le même sens. On apprend ainsi
que sans la "prime à la casse" de 4 à 5000 $ sur les automobiles, la hausse du
PIB se serait limitée à 1,9%. On peut comprendre que beaucoup de particuliers
aient profité de l'aubaine tant qu'elle était valide, mais cette prime a
disparu fin août. Il est peu probable que les amateurs renouvellent cette
performance au trimestre suivant. Ceux qui le pouvaient se sont servis, et il
est plus que probable que l'on retrouve rapidement les niveaux de vente du
début d'année.

Dans l'immobilier, les petites améliorations que l'on a rencontrées,
ont également été réalisées en grande partie grâce au crédit d'impôt de 8000$
dont pouvaient bénéficier les premiers acquéreurs. Mais cette facilité expirera
fin novembre.

Enfin, sur le front du chômage, tout le monde est à peu près d'accord,
politiciens et économistes réunis, pour affirmer qu'il continuera à progresser
pendant un an, quoiqu'en ralentissant progressivement, entrainant par
conséquent une diminution continue des revenus disponibles pour la
consommation. Sur ce plan, on sait également que le gouvernement a été obligé
de porter la durée d'indemnisation des chômeurs de 26 semaines ( durée
légale ) à 53 dans un premier temps, pour limiter les sorties
d'indemnisation, puis à 79 semaines dans certains États fédéraux
particulièrement mal en point d'un point de vue budgétaire. Or le nombre
d'États fédéraux en situation précaire, actuellement autour de 15, va
probablement avoisiner les 25 dès le début de l'année prochaine. À ce rythme,
ce qui reste des 787 milliards du plan Geithner initial va disparaître
rapidement. Des PIB négatifs vont donc réapparaître  dès le premier trimestre de 2010.

Le second exemple qui montre la vraisemblance d'une poursuite de la
crise aux É-U, sinon même son approfondissement, est apporté par l'analyse de
l'utilisation du plan de relance Obama/Geithner du 17 février.

On part donc du montant du plan de 787 milliards de dollars, dont 340
(43,2%) seulement auraient été dépensés à la fin du troisième trimestre de
2009. Sur cette somme, 195 correspondent aux restitutions fiscales consenties
aux particuliers et aux PME, 145 ont été distribués à travers les extensions
des durées d'indemnisation du chômage dont nous venons de parler, et enfin 40 à
44 (selon les sources) sont allés à certains États fédérés pour éviter des
licenciements trop importants dans les effectifs des enseignants, menacés par
des coupures budgétaires.

Reste alors 105 milliards (101 si on retient le montant de 44 pour les
subventions scolaires).

Cette somme est réputée avoir servi à créer des emplois et/ou éviter
des licenciements dans certaines entreprises. Le montant des effectifs concerné
varie selon les sources. Le plus couramment indiqué est celui de un million de
postes de travail. À ce niveau l'imagination de l'administration Obama a
largement montré sa créativité. La plus "romantique" me paraît être celle de
Christina Romer, conseillère économique du Président Obama (Le
Monde - 29-10-09 - Sylvain Cypel). D'après elle, cette somme
aurait "permis d'en créer (des emplois) entre 600 000 et
1,2 millions".  Sans
commentaire !

Si on s'arrête à un million d'emplois sauvés ou créés, pour faire bonne
mesure, cela signifie que l'on a dépensé 105 milliards pour atteindre cet
objectif. Ou encore 105000 dollars ( 70 000 euros ) par
emploi créé ou protégé, ce qui représente entre deux et trois fois le salaire
annuel moyen selon la catégorie de personnel.

Je crois qu'on peut se demander si une telle dépense était justifiée.
Du seul point de vue de l'endettement de l'État fédéral, il est évident qu'il
aurait été plus économique de perdre ces emplois.

Au terme de cet article, les spéculations sur l'avenir de l'économie
des États-Unis pourront varier d'un lecteur à un autre. Tout peut être dit à ce
propos.

Pour ma part, je pense qu'après une étape qui a conduit la bourse
étasunienne au rebondissement auquel j'ai consacré récemment un autre article
( voir lien ci-dessous ), nous allons assister à une nouvelle poussée
de crise aux É-U, probablement plus difficile encore à réduire, mais surtout, assister
à une chute sans égale du dollar sous le poids d'un endettement faramineux,
celui-ci impossible à éviter, qui mènera nécessairement à la création d'une
monnaie mondiale de réserve, cette fois complètement distincte de toute monnaie
nationale existante.

Sinon…

 

Article cité : Le stratagème des É-U pour sortir de la crise en évitant
la débâcle monétaire

© André Serra                 

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

http://cybercanard.com

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