20 juillet 2012 10h10 · Marion Gerbier
À propos de Ceci n’est pas une révolution des Filles Föllen et invités, présenté ce vendredi 20 juillet, 21h, à La Elástica
Connaissez l’expression «22 v’là les flics»? Elle prend une réalité nouvelle au Québec depuis plusieurs mois puisque chaque 22 les rassemblements étudiants élargis en mouvements sociaux généralisés envahissent les rues, entre autres montréalaises. Donc ce 22 juillet sera une autre consécration de casseroles, de rouge, et de solidarité dans le mécontentement. Sans refaire le débat, cette vague populaire a bien évidemment dépassé les discussions de hausse des frais de scolarité qui l’ont allumée, attisée par une loi spéciale aussi malvenue qu’inadmissible et un traitement par le mépris difficilement acceptable.
Où que se situe l’opinion de chacun, un constat s’impose à tous: le conflit dure depuis trop longtemps. Or plus ça dure, plus ça s’endurcit. Les patiences, la tolérance et les discours s’usent, tandis que les négociations s’enlisent (si tant est qu’il y ait eu tentative de). Là encore sans se positionner particulièrement, force est d’admettre que le gouvernement, l’opposition et autres décideurs politiques ont commis une erreur fondamentale en omettant le principe démocratique de leur fonction: la représentativité. Tous sont des représentants de la population, élus pour faire remonter ses revendications. Certes tous les québécois ne sont pas dans la rue, mais tous ont droit et devoir de faire entendre leur voix. Malheureusement si l’on en est toujours à recourir à des manifestations et slogans criés, c’est bien qu’il n’y a pas d’écoute, pas de volonté de compréhension, pas de considération des citoyens pour qui les politiques sont en place. En témoigne l’esprit de la loi 78, mesure de coercition et de censure de l’expression publique.
Tout cela pour en arriver à la soirée-performance Ceci n’est pas une révolution, présentée ce vendredi soir à La Elástica à 21h. Inspirées par les différents mouvements socio-politiques qui remuent les quatre coins du monde (Espagne, Grèce, Printemps arabe et carrés rouges), les Filles Föllen, sans mettre tout dans le même panier ni à la même échelle, se penchent sur ce thème de la révolution en établissant des parallèles physiques, psychiques, artistiques. Elles, elles écoutent, elles observent, elles saisissent et réagissent, ouvrent un dialogue. Des astres, des idées ou des individus, le concept de révolution est cette trajectoire en rond qui par clashs (champ d’une autre planète, grande décision individuelle, etc.) dévie. Une situation bloquée sur elle-même – statu quo – atteint la limite du supportable qui rend le changement irrémédiable. Et c’est ainsi que le monde tourne depuis des siècles, que l’histoire progresse, que les peuples inscrivent les acquis démocratiques dans leurs constitutions, et que le quidam avance en âge et en sagesse vers (idéalement) plus d’affirmation et de respect de lui-même et des autres.
Il y a six mois à La Elȧstica déjà, les deux barcelonaises Tuixén Benet et Margherita Bergamo avaient interloqué et séduit l’assistance de leur création Entrada con consumición : Dos chicas fuman un cigarillo en sólo 30 segundas. Après un appel à collaboration aux artistes locaux motivés, elles reviennent jouer avec les mots et les codes d’une manière libre et quasi oulipienne, proposant des raccourcis, des coq-à-l’âne et des abus de langage qui pourraient bien apporter de nouveaux sens et ouvrir des portes de perception autre.
Encore en construction à quelques heures de la prestation, ce projet est (modestement) à l’image des mouvements sociaux comme de toute démarche artistique ou de la vie elle-même: un work-in-progress, un devenir à créer ensemble et à recréer sans cesse. Tout y tiendra donc de la surprise, dont on peut toutefois annoncer qu’y participeront entre autres Nans Bertuzzo (musicien, compositeur électro), Sophie Castonguay (artiste en art médiatique et multidisciplinaire), Cyril Doisneau (dessinateur), Gabrielle Giasson-Dulude (auteure), Léo Maravaglia (artiste visuelle, joaillière, costumière), Javiera Ovalle Sazie (photographe, vidéaste), Renaud Séguin (désigner graphique, saxophoniste), aux côtés des deux filles Föllen.
Venez rêver d’évolution…
