1 juin 2011 15h37 · Marion Gerbier
À propos l'article Voir Homme au bain
Homme au bain est un souvenir à la fois choc et mitigé du FNC 2010, les fesses posées dans la salle du Parallèle. [Rappelons qu'un an plus tôt l'eXcentris menaçait de fermer boutique, et qu'il y a deux mois (le 8 avril, c'est la fête!) le Parallèle a enfin annoncé qu'il rachetait les salles de l'espace en attente qui n'a pas réussi à se reconvertir.] C'était un peu par hasard et sans penser au réalisateur français Christophe Honoré (dont j'avais juste "entendu" Les Chansons d'amour, et entrevu Dans Paris) que me retrouvais là, sans doute curieuse du caractère con cru et non condescendant de la proposition. Deux souvenirs précis et indistincts: celui de me faire happer, et me faire chier aussi un peu. Dans quel sens l'un ou d'abord l'autre, l'sais plus, ça allait et ça venait. Mais globalement assez grosse impression sans la juger bonne ou pas.
Titre intrigant, et au bout du compte représentatif. Mais ça on l'sait pas avant de le voir. Entre Genevilliers France et NYC, le film dissèque avec pudeur malgré un ton brut les différentes phases de la rupture de deux hommes, du départ aux insultes aux messages suppliants et actes vengeurs tordus ou torturants. Ou simplement des actes de libération affective (la scène de dessin au mur, il se trouve que chez certains c'est symptomatique de sortir peinture et mines ou cutter quand on a le cœur barbouillé). Les plans ne sont pas pornos mais francs et érotiques, et le traitement chirurgical des sentiments et (im-)pulsions contamine tout: les plans coupés, les angles de vue, l'entre-deux villes aux opposés, et la crasse des HLM en décor comparée au glam des stars et de GrossPom. Sur ces deux derniers, précisons qu'on évite assez bien la banlieue clichée et l'étoile superficielle (Chiara Mastroianni quand même, caméramée avec intimité et naturel).Les deux parcours en parallèle se dessinent chacun en filigrane de l'autre de chaque côté de l'océan, et malgré le peu de nouvelles.
C'est un film inattendu, loin de laisser un jugement facile, mais instructif expérimental et bizarrement sensuel dans l'impression générale. On n'est pas dans le romantico-chantant qui fait l'étiquette du réalisateur. On n'est pas dans le sujet banal non plus, ni pré-catalogué. Et on peut bien accorder une heure généreuse à une production qui va ailleurs, plus loin, dans des recoins qu'on admet difficilement entre celui qui souffre ou fait souffrir. Le déséquilibre sexe et affectivité est particulièrement intéressant et abordé avec clairvoyance.
- Emmanuel. C'est toi qu'as l'habitude de t'tirer sans un mot, sans même dire au revoir. Cette fois euh, c'est moi qui t'laisse.
- Connard, enculé.
- J'veux faire ce voyage sans plus penser une seule fois à toi.
(Bande-annonce). Au Cinéma du Parc.
Parallèlement au box-office (au Parallèle) était présenté jusqu'à la semaine dernière L'est pour toujours, vu aux Rendez-Vous du Cinéma Québécois en février de cette année. Ce documentaire de Carole Laganière faisait suite à un premier métrage-réalité Vues de l'Est tourné en 2003. 7 ans plus tard, la réalisatrice retrace une bande de jeunes de l'est de l'île pour démêler leur évolution sur thèmes de mobilité sociale et potentiel d'avenir dans des contextes familiaux et financiers pas toujours évidents. Du point de vue de la réalisation le film n'invente rien, mais son contenu est de toute façon frappant, et nécessaire pour se confronter à une réalité bien simple: ces jeunes montréalais sont loin de l'avoir facile, loin du quadrilatère étudiant de Berri-UQÀM où on en retrouve plus à la rue que dans les amphis. Ils sont profondément attachants, et l'on comprend qu'il y a bien des moyens de les sortir de là avec un peu de chance, les bonnes rencontres, et grâce à leur propre obstination et résilience avant tout. Un milieu à moyens tout petits cependant.
Leurs parcours à tous est très différent de même que leurs personnalités, et pourtant résonnent en tout d'un même background fermé. On n'est pas dans une Communalka à l'autre bout du globe, juste au bout de Montréal c'est tout, alors pourquoi croire que ces réalités sont si éloignées de nous? Revoir une connaissance souriante employée à la BAnQ et son fils casse-cou qu'elle m'avait si affectueusement présenté un jour… Voilà, c'est là juste à côté et on le sait même pas, ou peut-être on ne veut pas vraiment le savoir ni le voir de face. Aborder des questions de gang de rue, de centre d'accueil, de consommation, de chômage, de décrochage, de violence, mais pas par la lorgnette des préjugés ni celle stigmatisante de l'itinérance. Ces jeunes sortent de l'ordinaire bien qu'ils aient été choisis pour l'ordinaire de leur histoire de départ (dans le sens qu'ils partagent la vie de bien d'autres faite de quotidien en immeuble et de fin de mois sans chèque). Un témoignage essentiel qui donne le vertige.