27 novembre 2010 8h32 · Marion Gerbier
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10 1/2 de Daniel Grou-Podz
Depuis que 10 1/2 prend l'affiche du FNC 2010 en ouverture mi-octobre, la bande-annonce prometteuse tourne abondamment, et me réjouis d'avance de la réalisation qu'on dit fessante d'un Podz qui avait avec succès charcuté le thème de la vengeance dans ses précédents [Les] 7 jours du talion. Le voilà à crever l'écran d'un regard sans convenances ni condamnation posé sur une jeunesse perturbée qui n'a jamais connu que la violence comme berceau. Après une ronde de familles d'accueil, Tommy 10 ans et demi (renversant Robert Naylor) est placé au Tremplin, centre isolé aux règles strictes de respect, où une douzaine de gamins pas plus sont pris en charge et en main. De par ses crises répétées et extrêmes, ses débordements continuels et provocateurs, son impossibilité à se mettre dans le rang ou trouver sa place, le petit enragé usera la patience des intervenants et le calme du Centre. Face à lui, Claude Legault incarnera l'intervenant attitré de Tommy, un quadragénaire avancé à la sagesse nette d'instituteur et de bon père, mais poussé lui aussi aux limites de sa tolérance ou forcé à des réactions brutales répressives ou d'abandon qui ne sont certainement pas de son naturel idéal de travailleur social.
Podz offre une immersion instructive dans la fragilité de la vie en centre, et de ce p'tit gars qui n'a que la rage pour mode d'expression, dont il dessine un portrait brulé-vif qui ne consent rien ni ne pathétise jamais. À pas minuscules dans un travail de géant de chaque instant, Gilles instaure avec Tommy une relation, même infime même démesurément impuissante contre les colères de l'enfant, une relation qui fait espérer que peut-être le gamin s'en sortira. Détail indispensable et réussi: bien faire comprendre que dans ces situations de détresse beaucoup est joué d'avance mais on peut changer les choses à force d'une attention et d'une vigilance compréhensive et sans relâche… car tout pas en avant peut aussi basculer pour le moindre mot de travers ou espace laissé à l'erreur. Ces gamins au lourd passé dramatique sont en permanence sur la brèche, et si on perd leur équilibre vu leur intensité destructrice, ils tomberont pour se mal et peut-être ne jamais se relever.
2 fois une femme de François Delisle
Comme le précédent 10 1/2, 2 fois une femme démarre brutalement par un visage couvert de coups et d'ecchymoses, lèvres éclatées et yeux cernés, l'expression fatalement blessée vide et acharnée. Le film se concentre sur la reconstruction de la vie et de l'identité de Catherine (Evelyne Dompré) qui a le courage d'abandonner le fardeau de son quotidien de femme battue, et s'enfuit avec son ado et l'aide d'une association qui prend son renouveau en main. Faisant un succès de l'économie de mots, de la beauté des plans et d'un souci d'observation des sentiments, François Delisle crée un manifeste de la deuxième chance, où là encore les situations sont tragiques, violentes, fragiles, maltraitées, et où la menace du moindre faux-pas plonge le spectateur dans une angoisse latente de ne pas voir le malheur s'obstiner à mettre à terre une existence trop acculée déjà. Plus que le zoom sur la mère et dès les premiers plans, c'est la relation avec le fils (Etienne Laroche) et sa personnalité qui font prendre une tangente intéressante et originale au film. Ce gamin froid tant il est réservé et absent de la réalité familiale, mais dont on sait et sent dans ses larmes silencieuses, sa présence auprès de sa mère et ses après-midis d'errance, que le traumatisme est criant sous des apparences de calme presque indifférent. Cet ado fruit du chantage conjugal et seul témoin des confidences muettes de sa mère, de son identité passée et de son histoire. Ce Léo qui devra faire le tri dans les coups et blessures de la vie, afin de juger le prix de la liberté, la difficulté de la fuite et la persécution de la peur et de la honte.
Curling de Denis Côté
Papa Moustache (Jean-François Sauvageau) a déjà dû en voir et se retranche sans ses peurs avec sa gamine qu'il surprotège. Agent d'entretien dans un bowling et dans un motel qui ferme, les sous ne doivent pas couler à flots ce qui explique sans doute le peu de sorties et d'activités olé d'une cohabitation grise, qui se limite pour la gamine à la présence d'un dessert, une soirée à écouter un vieux vinyle, et ses promenades dans les bois alentours à la journée longue… Pas d'école ni de fun pour Julyvonne, 12 ans, qui si elle est en mesure d'exprimer le désir de visiter Rosie à son centre de détention, ne parle outre cela qu'en monosyllabes et "OK" ou "pourquoi", et ne semble pas avoir appris l'attachement ni les sentiments, encore moins la manifestation de l'entrain. On entrevoit d'abord des solitudes baignées de mutisme et de précarité rurale; mais comme avec Denis Côté il y a toujours baleine sous caillou et qu'il faut bien un peu de crime et d'amoralité, quelques cadavres de motards et celui d'un bambin percuté par un char feront l'affaire dans les placards du père et de sa fille (Emmanuel et Philomène Bilodeau). On pousse un peu le rideau sur des quotidiens sordides et des excursions morbides, pour deux êtres dont l'ombre d'une silhouette même amie à la fenêtre est une menace d'intrusion sociale. Enchaînant des scènes apparemment insignifiantes avec des portraits de régionaux et des anecdotes révélatrices, Curling glisse sur sa lancée et foncerait irrémédiablement vers un point, une révélation en bout de ligne droite, si ce n'est que le film "curle" légèrement comme la pierre de granite, et dévie pour retourner se cacher dans sa maison. On en reste comme d'autres fois avec Côté avec cette inexplicable impression d'avoir vu et touché du bout des doigts du vrai auquel d'habitude on n'a pas droit, qu'on entrevoit juste le temps du film avant que l'écran ne se ferme à nouveau. La brèche, elle, reste ouverte, depuis le dévoilement en clôture du FNC.
J’ai bien aimé le film..Dur mais bon…
Cependant, bien que je sois loin d’être spécialiste en cinéma,,la scène du début, je l’ai trouvée inutile et très crue…Pas besoin de voir, pour savoir ce qu’il regardait…
Claude Legault est excellent et le jeune comédien aussi…
Bravo!!!