Femme à fusil: ‘tention à tes oreilles

17 octobre 2009 3h02 · Marion Gerbier

Film ist a girl and a gun Gustav Deutsch | Autriche | 2009 | 93 min. | allemand

Une expérience tout-à-fait délirante que cet hymne d'amour aux débuts du cinéma, sous forme de patchwork de séquences des tout premiers films (1900-1940) enchaînés au rythme d'une trame sonore remixée hallucinante. Une aventure totalement inattendue aussi, et d'autant plus percutante que me suis moi-même surprise à me laisser embarquer dans cette locomotive folle qui refait vibrer les vieux rails du cinéma en tous genres, alors qu'aurais très bien pu me faire écraser par sa lourdeur métaphysique et expérimentale dès le départ. 

Sans doute les trois-quarts des références et du sens de la trame narrative (muette, blanc sur noir à l'écran, comme de tradition, avec points de suspension invitant à l'illustration par l'image) échappent à la compréhension. Peu importe puisque ce train qui vous fonce dessus vous emporte vite très vite à vive allure vers des beautés insoupçonnées. À coups de shots d'archives empruntées au porno comme aux documentaires scientifiques, historiques ou aux comédies de mœurs, on revisite les expériences filmiques d'il y a presque un siècle. Incontestablement Gustav Deutsch livre ici un travail de composition habité et exaltant, passionnel. Mettant en parallèle le big-bang d'un monde où les sexes s'évertuent au combat de la procréation, et l'explosion incandescente du séisme cinématographique, FILM IST a girl and a gun est en quelque sorte le déchirement de son auteur entre la fièvre du son et la folie des images. Des plans d'une esthétique bouleversante et dont la signification est mise en valeur par une construction enchaînée extrêmement talentueuse et parlante. Le mariage avec la musique ne laisse jamais sentir la superposition ou l'accompagnement, mais les deux s'unissent dans une partie de jambes en l'air torride au summum de laquelle ils ne font plus qu'un à la vie à la mort. Le film refait l'histoire de la vie, comme il ravive les archives du plus pur cinéma.

Bien sûr il faut se laisser emporter, et si les samples rappellent souvent le côté planant de Múm, plus grondant de Mogwaï, ou les paysages hivernaux de Millimétrik, il ne faut pas entre-temps se laisser décontenancer par des cris stridents, des chants berbères ou autres opérettes exotiques.

C’est décidément un chef-d’œuvre d’un maître du montage, et bien qu’étant néophyte, c’est – musicalement surtout – transcendant.

 

Le très bon descriptif officiel du FNC, par Julien Fonfrède:

« Attention, sachez que pour ce film aucune image n’a été filmée. Cependant, onze sources d’archives à travers le monde ont été mises à profit pour rendre compte, de façon ambitieuse et ô combien hallucinée, de deux naissances pleines de mystères, celle du monde et celle du cinéma, le tout partant de la phrase classique énoncée par D. W. Griffith (inventeur du cinéma hollywoodien avec In Old California) et reprise par la suite par Godard, soit qu’il ne faut rien d’autre pour faire un film qu’une femme et un fusil.
Dans cet étonnant big-bang cinématographique, un maelstrom chaotique (en apparence seulement!) d’images prend forme. Les premiers films (narratifs, pornographiques, scientifiques, éducatifs, etc.) entrent en collision et génèrent un diabolique opéra baroque orchestré par l’un des plus grands du cinéma expérimental contemporain, Gustav Deutsch, virtuose du ‘film de montage’ (bout à bout d’images préexistantes) et intouchable du cinéma pur. Une expérience sensorielle unique, perverse et joyeusement réflexive sur la guerre des sexes. Hommes, tremblez ! La femme a pris les armes ! »
 

Surveillez si ça repasse.

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