15 octobre 2009 16h02 · Marion Gerbier
Le FNC 38ème prise fait-il moins de vagues (depuis la rétraction de l'Ex-Centris) ou bien j'ouvre pas assez grand les mirettes? Pourtant des quatre films visionnés à date, et pigés au hasard du programme de l'Impérial (car la salle est écœurante, non?!), y'en a tout simplement 4/4 qui ont retenu mon attention et s'sont avérés enrichissants et initiatifs, 3/4 vraiment transportants, 2/4 totalement déstabilisants, expérimentaux, de vrais coups d'poings à l'américaine en pleine face.
KOMA Ludwig Wüst | Autriche | 2009 | 82 min. | allemand (s.t. français) – Sélection internationale
Profondément perturbant, puisqu'on y parle de sexe cru, de douleur trop physique, de violence et d'impossibilité de pallier le fossé entre personnalités ou générations, le tout caméra à l'épaule dans des univers démaquillés de toute condescendance. C'est dur voire possiblement insupportable, le matériel est certes marginal mais loin d'être irréaliste. Des ados qui tripent devant des vidéos plus que trash, des vies qui foirent, et du masochisme fatal. Dans les rangs de critiques le dilemme circule: "C'tu elle à la fin comme au début?", mais puisque tout est fait pour qu'on fasse le parallèle… Ça permet de mieux palper la teneur du drame, sa sensibilité à elle de légume, son impossibilité à lui de rachat. Terrible, et terrifiant surtout de réalisme.
LA MERDITUDE DES CHOSES Felix Van Groeningen | Belgique | 2009 | 108 min. | flamand – Panorama International
Pris de fous-rires devant la grassitude des gags de buveurs, puis flanqué à terre par une menace de violence toujours à la limite du drame, qui peut tout aussi vite se désamorcer en chanson graveleuse entonnée en chœur. Un vrai cornet huileux de frites belges, sous un ciel gris plomb. L’histoire est ficelée simplement, celle d’un jeune écrivain flamand en recherche de reconnaissance, qui décide de revisiter de la plume son passé de gamin, à la veille de devenir lui-même papa. La trame de flashbacks est éculée mais bien menée, les plans sont de petits bijoux visuels, et les liens familiaux – chez les Strobbe – comme les marques qu’ils laissent sont traités avec plein de jugeote et de vérité. Avant tout, c’est un regard posé et exposé franchement qui défie toute convenance et ne supporte aucune censure. Découvert à la dernière Quinzaine des réalisateurs (Cannes 2009), La merditude des choses dépeint un thème universel, mais d’une pellicule teintée typiquement belge, et trouve le ton juste pour témoigner sincèrement et sans jugement. Encore récemment primé, on comprend pourquoi.
I AM NOT YOUR FRIEND György Pálfi | Hongrie | 2009 | 100 min. | hongrois – Temps ø
On parle de nouveau cinéma à juste titre à propos de ce métrage décontenançant. L'œil est intrusif, les personnages sont étiquetés de leurs noms tour-à-tour, et la perfidie n'a pas de limite. Les situations tournent moutarde en une seconde, et vous prennent la respiration sans prévenir. Une scène de ménage tourne à l'emmurement sans dénouement, une rancune vire à la saisie de stups, et évidemment la femme de l'autre est la maitresse de l'amant du frère de la belle-sœur de son amie… Pourtant on ne s'y perd pas ou avec plaisir, car tout se renoue et s'emmêle encore plus. Un vrai bonheur, une caméra renouvelée, un propos détaché de jugement bien qu'obstinément tranché.
AN EDUCATION Lone Scherfig | Royaume-Uni | 2009 | 95 min. | anglais – Présentation spéciale
C'est vrai, l'actrice a des allures et une certaine contenance inspirée d'Audrey Hepburn, et il y a en plus un film autour. Reste que tout est très léché et prévisible, elle trop en vedette dès les premiers plans. On se laisse prendre un peu, le parcours est accrocheur mais évident, et le bellâtre trop parfait (iark) qui se débine vu des milliards de fois déjà. Autrement dit la soupe est tiède bien que souvent réchauffée. À boire sans ohlala. Carrey Mulligan, la vingtaine sonnante, est décidément une tite bombe, mais qui exploserait mieux si on la laissait à l'arrière-plan, d'où elle percerait sans conteste.
Assurément d'autres projections valent le coup d'œil: N'importe où vous pouvez vous faufilez + Skidlove de Toronto, l'animation Mary&Max qu'on m'a vivement conseillée de source plus que sûre, Metropia à priori renversant, No one knows about Persian cats pour les tarés d'zik, She, a Chinese si vous persévérez avec la surreprésentation asiatique bien appréciée, sans oublier To die like a man qui reçoit de bonnes critiques, Dirty mind sans doute pas moins intéressant, Antichrist qui a presque trop fait parler de lui, et les exaltantes soirées Kino Cabaret qui fêtent leurs dix ballets dans une ambiance plus qu'enjouée.
Et sans doute dans les regrettés ou à venir: Barbe bleue de l'indomptable Catherine Breillat, aussi, ou encore Les étreintes brisées d'Almodovar parce que c'est signé même si prévisiblement mièvre.