7 septembre 2009 11h41 · Marion Gerbier
À propos l'article Voir Comment et le Pourquoi (Le)
De son titre original catalan: "El perqué de tot plegat", soit en espagnol: "El porque de las cosas", et en anglais: "What's it all about"… "Le comment et le pourquoi" est une traduction bien faible et peu inspirée mais peu importe, cette production du milieu des années 90s a décoloré avec les années et présente relativement peu d'intérêt. Le format reste confortable, 15 saynètes illustrant chacune un sentiment ou ressentiment voire un comportement connexe à l'amour. Beaucoup d'humour, même si en somme on rit peu, beaucoup de caractère aussi rien que dans les faciès et mimiques typiquement latins, mais surtout dans les enchaînements, les raisonnements, les réactions à chaud et disproportionnées, les situations hurluberlues choisies pour pousser le quotidien de nos relations sentimentales dans un univers absurde et grinçant. Tout va assez vite dans ce format capsules qui donne un certain tonus mais oblige à – ou peut-être permet de – se borner au superficiel. En même temps qui se targuerait de détenir aucune vérité en matière de conceptions amoureuses? Des anecdotes trop parlantes de réalisme, oui; des circonstances ridicules et risibles, oui aussi; mais avancer qu'on a raison sur une morale quelconque, ça non! Vieillot et plat mais mené à ses fins, loin de l'orgasme tout de même.
Petit tour de scènes: 1/Voluntat/ Un homme s'acharne à apprendre à sa compagne de pierre à dire "Papa"… et malgré sa tête dure le caillou réussit cette prouesse de se faire entendre. Mignon. 2/Enteniment/ Un couple libertin agace l'excitation en évoquant jalousement les rapports extraconjugaux. Bof. 3/Honestedat/ Une infirmière se fait remplacer pour remballer le mort de la chambre 8 afin de retrouver plus tôt le chum de son amie sur lequel elle fantasme. Hmm. 4/Sinceritat/ Au restaurant, de jeunes fiancés font voeu de la plus totale sincérité, et se chamaillent dès la sortie suivante en étant francs sur leur choix de restaurant. Logique. 5/Sumissió/ Une vieille riche débordant de luxe parle de l'amour idéal qu'elle souhaite, incarné par un homme qui ne l'aimerait surtout pas voire qui la mépriserait et même la battrait. Victimisme. 6/Competició/ Prévisible mais intelligent. Un type lorgne les effeuillages et baises de sa voisine qui retourne la lunette vers lui au pieu avec sa copine "la Baba", et commencent les enchères d'en mettre toujours plus dans leurs lits, jusqu'à ce que la voisine invite la Baba chez elle… 7/Passió/ Rencontre entre l'amant et le mari pour se plaindre de la passion accaparante de la femme, et cette seule solution qui s'impose à l'amant de se passer la bague au doigt afin d'échapper à la passion de sa maîtresse. Décalé. 8/Compenetració/ Quand le phone-fucking se mêle d'art dramatique et que chacun fait croire à l'autre que le/-a partenaire est dans la pièce et qu'il doit simuler de parler d'un autre sujet… Sympathiquement emmêlant. 9/Ego/ Cunni sur un siège d'auto, interrompu par la belle qui reproche à son type de ne jamais faire attention à elle, et qui reprend bien vite après une théâtrale tirade de remords dont on devine qu'elle n'est que bullshit fini qui n'y changera rien. Significatif. 10/Despit/ Rien que parce qu'on met en scène la "Grmpf" (phonétiquement: Groumpf) et "Titi", que le scénario est concon et joué à la va-vite selon une voix off à la Jules&Jim, et le retournement dramatique plutôt marrant… Grmpfant! 11/Desig/ Se masturber chacun de son côté dans une chambre d'hôtel à deux lits sur fond de gémissements des voisins. Le vieillissement du désir fait peur. 12/Gelosia/ Un homme vire fou de jalousie contre sa bite que sa femme aime démesurément plus que lui-même. Drôle de paranoïa. 13/Amor/ Le footballeur est éperdument amoureux de la bibliothécaire qui bien qu'elle devienne sa brune, gade une attitude très hautaine voire dédaigneuse; et quand finalement celle-ci baisse progressivement les gardes selon les désirs de son ami et lui gazouille incessamment des "je t'aime" sucrés, lui se lasse et la plante là. Éternelle loi des vases communiquants. 14/Fe/ Une femme se rend folle de ne trouver aucune garantie de l'amour de son homme autre que la parole de celui-ci; mais que valent des mots, et bien qu'on soit persuadé d'y croire, que penser si l'on se ment à soi-même? Irrécupérable et pathétique. 15/Dubte/ Quoi de mieux que de demander à un lutin magique la réapparition d'un autre lutin magique et ainsi de suite afin de mieux choisir exactement ce qui nous comble sans craindre la pression du temps. Horloge biologique et pression sociale. Ou fatalisme.
Peu à en retenir, si ce n'est lorsqu'on fait les comptes, que les histoires de cul et coeur donnent lieu à tellement de comédies qu'on surjoue et dont on croirait parfois devoir mourir, tandis que la majorité des scénarios qu'on s'invente tourne beaucoup autour de sentiments plus bas que sont le besoin de flatterie, la dépendance, l'égoïsme, la fierté, la prétention, le manque d'assurance et j'en passe des moins jolis encore. Un tableau peut-être pas si comique, mais au moins pas embelli ni brillant non plus. Assez réaliste dans son artificialité.