4 juillet 2011 17h34 · Marc Charette
À propos l'article Voir L'Énigme du retour
Je ne m’attendais pas à aimer ce livre. Souvent, les livres auréolés d’un prix sont trop hermétiques pour moi. Heureusement que je n’ai pas succombé à ce préjugé parce que je serais passé à côté d’une œuvre magnifique.
Laferrière nous ramène à son point de départ, à son Haïti que la mort de son père l’enjoint d’y retourner. S’il y découvre des souvenirs de ce père parsemé sur l’île, il se confronte aussi à ses propres souvenirs. Et c’est ce regard qui se tient loin de la nostalgie mièvre qui fait la beauté de ce livre. Laferrière regarde ce qui l’entoure avec les yeux de l’étranger qui n’en est pas un, avec les yeux de l’haïtien qui diffèrent de ceux des autres haïtiens. Il sait capter le détail qui fait qu’on comprend. Il n’est jamais méprisant mais il n’est pas complaisant non plus.
Il nous dit douter « de toute vocation d’écrivain en exil ». Il se considère du nombre. Dans son cas, son objectif est de nous parler d’identité et on en est heureux. Il nous parle de certaines réalités qui deviennent palpables. Par exemple, il nous parle de cette faim que les œuvres littéraires ne parviennent jamais à véritablement cerner. Pourtant, il y parvient. Je ne pourrai jamais comprendre ce que c’est que de n’avoir jamais mangé à ma faim mais il me rappelle que cette faim n’est pas que le lot des orphelinats. Il me rappelle que la faim fait partie du peuple haïtien sans égards comme l’hiver l’est pour le peuple québécois.
Il nous sort aussi de nombreuses images qu’on a envie d’écrire sur un petit bout de papier pour ne pas les oublier. Il nous rappelle qu’il n’est pas « facile d’être au même endroit que son corps ». Il se justifie de ne pas croire « pouvoir survivre à un (son) suicide ». Il nous explique que ce n’est pas le livre qui fait voyager le lecteur mais plutôt le lecteur qui retourne dans l’Histoire. Tout autant de moments qui continuent à nous habiter à la fin de la lecture. Tout autant de moments qu’il nous transmet avec humilité.