On voudrait les sauver!

30 janvier 2011 22h29 · Marc Charette

À propos l'article Voir Je voudrais qu'on m'efface

Ce premier roman de Anaïs Barbeau-Lavalette nous rentre dedans avec toute la beauté que la misère peut porter. On y suit le destin de trois jeunes d'une douzaine d'années qui ont en commun le bloc où ils habitent, la hargne des autres élèves autour d'eux en raison de leur appartenance à la classe d'orthos et des parents qui les aiment de façon meurtrie. Aucun détour, aucun apitoiement, aucune fausse tristesse. Et on peut voir dans le destin des adultes qui les entourent ce qui attend nos trois jeunes. Déjà, Mélissa se trouve en position d'avoir à offrir son corps comme monnaie d'échange comme sa mère le fait. Kevin s'aligne pour un futur de jobines. Roxanne pourrait fort bien se retrouver sur la rue comme Krystel. Ces enfants, on les aime mais on se sent aussi impuissant face à leur réalité. On voudrait les sauver mais on sait aussi que ce n'est pas ce qu'ils désirent. On en veut aux adultes qui les entourent mais on comprend que ces adultes ont eu si peu eux-mêmes. On voudrait que ces adultes puissent sortir de leur propre blessure et qu'ils puissent offrir à ces enfants une présence régulière, une attention et un désir de les connaître, une capacité de ne pas leur faire subir leur souffrance.

Anaïs Barbeau-Lavalette a une plume efficace. Nul besoin d'illustrer graphiquement la misère. Par une économie de mots, elle nous fait ressentir la solitude et l'espoir, la rage et la complicité. Si son langage se veut parfois cru, il se veut surtout authentique. Les mots sont nécessaires. Cette histoire est nécessaire. On se retrouve dans le même milieu que le film "Le Ring". On se retrouve dans le même quartier, avec les mêmes dilemmes de la vie. On se retrouve avec des enfants qui ont un vécu d'adultes. On se retrouve devant la résilience.

Ce livre se veut un slam en prose. Il véhicule la même énergie. La même intensité. L'auteure se révèle aussi habile dans le roman que dans le film. On pourrait souhaiter qu'elle choisisse d'adapter son propre roman pour l'écran.

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