Schmitt aura eu l’heureuse idée de commencer par l’oeuvre littéraire d’abord

20 mai 2009 19h51 · Marc Charette

J'ai tout d'abord découvert Éric-Emmanuel Schmitt avec Lorsque j'étais une oeuvre d'art, un magnifique livre sur le paraître et, bien qu'une variation sur un thème de Faust, sur le thème très actuel de la beauté.  J'étais vendu:  je lirais tous les Schmitt comme je lis tous les Nothomb.  J'ai ensuite lu L'enfant de Noé.  Légère déception.  L'écriture est toujours aussi fluide mais le propos, moins captivant.  L'intérêt s'est ensuite affaibli avec Ma vie avec Mozart avant de devenir carrément insupportable avec Odette Toulemonde (tant le livre que le film) où je me disais qu'il pouvait essayer de se protéger en nous présentant un personnage d'auteur à qui on reproche sa miévrerie.  J'ai même assisté à une représentation théâtrale de Petits crimes conjugaux.  Si le propos prenait de la vitesse, le récit atterrissait bien mal.

Mais je suis un homme de courage et comme son Sumo se voulait tout court, je m'y suis lancé.  Et j'ai retrouvé un Schmitt qui me racontait une histoire avec une économie de mot.  Même s'il tente encore de faire un Paulo Coehlo de lui-même en insérant une morale, des éléments de réflexion à son récit, il le fait de façon moins explicite que dans ses oeuvres précédentes.  J'ai toujours un peu l'impression qu'il veut se targuer de créer l'illumination chez ses lecteurs mais ses gros sabots sont souvent plus distrayants et exaspérants qu'autre chose.

Je vois un gros en toi, lui répète un homme croisé au hasard.  Bien qu'on comprenne que le jeune garçon succombera à l'idée de devenir un sumo, on s'attache à la rencontre et on se questionne sur la motivation de ce coach.  On ne se perd pas dans une explication pop-psychologique du jeune homme (bien qu'on puisse déduire ses motivations par les éléments qui nous parlent de son passé) mais on se retrouve avec de belles touches de fantaisie (surtout lorsque sa mère lui "écrit").  Comme le journaliste le mentionne, on verrait très ces éléments transposés au cinéma.  Était-ce ce que Schmitt avait en tête en écrivant ce cours récit.  Probablement.  Mais il aura au moins l'heureux génie de commencer par l'oeuvre écrite avant de passer à l'oeuvre cinématograhique.  Et non l'inverse, comme avec son Odette .

 

Mon courage aura été récompensé souhaitons que le prolifique Schmitt ne nous offre pas 5 livres de piètre intérêt avant d'en offrir un qui nous transporte.  Comme quoi, la longueur des livres n'est pas gage d'intérêt.  Beaucoup d'auteurs actuels de trilogie et autres histoires à multiples tomes devraient s'en inspirer.

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