16 juin 2011 19h41 · Lise Bourassa
À propos l'article Voir Soeur Sourire
Lorsque l’on visionne ce film, on est en droit de s’attendre à un modus operandi sirupeux. Sempiternelle histoire joyeuse dans laquelle une jeune religieuse connaît le succès par la chanson de «Dominique», heureuse dans sa congrégation, appréciée de tous les gens qui l’a côtoient. Et pourtant, c’est tout à fait l’opposé! Icône préfabriquée par sa communauté, exploité par le pseudo agent religieux, harcelé par la convoitise et la jalousie, on ne peut pas dire que Sœur Sourire a été graciée de Dieu, bien au contraire. Femme de tête, Jeannine Deckers, tiendra du début à la fin à ses opinions un tantinet avant-gardistes de son époque. Peut-être même féministe, elle ne concèdera pas à des ordres, à des questions sans réponses, et encore moins à devenir une femme eunuque. Dans le tourbillon de tous les changements de l’ère contemporaine, elle laissera tomber le voile, pour continuer à répandre «la bonne nouvelle» en chantant. Mais voilà, lorsque l’on interprète une certaine libération en témoignant des bienfaits de l’arrivée d’une nouvelle petite pilule (anticonceptionnelle), l’imbroglio prendra toute la scène.
Et dire que cette «mélodie du bonheur» a fait le tour du monde à travers de nombreuses langues, sans qu’elle puisse en récolter les bienfaits monétaires. Tourmentée, elle sombra dans les profondeurs de son abîme, sans jamais pouvoir y refaire surface. À plusieurs reprises, elle sortit la tête de l’eau boueuse, mais finit par se noyer par ses propres démons. Derrière le masque de Sœur Sourire se cachait donc une femme en quête d’utopie, dont seul le suicide fut l’ouverture de sa propre guérison.