Gamberge post-spectaculaire, après «Golyplote, mon fils, ne t’en fais point — on est toujours l’allophone d’un autre…»

21 août 2009 15h36 · Léonard Constant

C’est vrai… je ne séduis pas plus vite que mon ombre, moi. Je crois
même que j’assomme, au début. Moi, mon truc, c’est le Transsibérien,
l’aller-r’tour Terre-Pluton, ticket dernière classe, près des gogues où
qu’ça a pas vu l’ombre d’une serpillère depuis 1917. Je suis au bout
d’une attente, fiché comme un noyau de pêche dans le sleeping rectal de
mon Transsibérien. Y’a pas à dire… c’en est une grosse ! Des parsecs !
Ceux qui m’aiment m’ont attendu longtemps, m’ont espéré à la toute fin
de moi-même. Même qu’ils m’ont pétri toute la tendresse de me bisser !
Après deux rogatons de quand j’ai plus de voix dans la gamelle, nous
nous reconnaissons enfin dans une gare d’outre-attente, sur un perron
d’outre-patience, dans un regard d’outre-écoute. Patiemment, ils m’ont
permis de les mériter. Les voilà, quai d’arrivée, qui m’offrent de
porter ma valise, pesante de mon spectacle, pleine de fatigue et
d’applaudissements, pleine de mon coeur pour eux, pleine de mon coeur
donné. Ils ne disent rien, ils ont ôté leurs mots, se sont déshabillés
de tous leurs bruits et gestes. L’espace d’un spectacle, ils sont la
mêmeté de n’être plus en désaccord. Je ne me reste plus : ils sont
partis avec moi. Je peux crever heureux.

Léonard Constant

(le samedi 5 février 2005)

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