26 août 2011 2h23 · Jimmy Chartrand
À propos l'article Voir House of Boys
Ne fait pas Hedwig and the Angry Inch qui veut ce qu'on apprend certainement en écoutant le tantôt sympathique tantôt bouleversant House of Boys.
Le fait est qu'en terme de coming-of-age gay, House of Boys n'a définitivement rien de très nouveau à offrir, ressassant certainement encore la même rengaine comme on l'a vu un nombre x de fois alors que pratiquement tous les cinéastes homosexuels ont pratiquement tous touchés à leur propre version de cette représentation avec tantôt plus, tantôt moins de succès. En plus, comme tout film de ce genre, c'est doublé d'un égocentrisme voulu qui pousse le film dans des ambitions démesurées qui lui nuisent d'avantage comme le film n'aspire pas vraiment à tout ce qu'il aimerait bien être.
On retrouve un film trop long de deux heures divisé de manière classique (prologue, trois actes et épilogue) avec des segments dramatiques qui suivent une montée précise. Frank, homosexuel fier et libre voit mettre un terme à sa vie de libertinage et trouve refuge un soir de pluie au "House of Boys" où il tombera sous le charme du seul danseur hétéro du bar de danseurs gay. Classique.
Entre danses sexy, clients, amitiés et on en passe, il découvrira un autre monde où, évidemment, il s'y plaira bien.
Bien sûr, années 80 oblige, le SIDA viendra se mêler de tout cela quand tout semblera aller pour le mieux. Quiconque réfléchira un tant soit peu devinera assurément donc tous les revirements possibles du film, tellement, qu'on prendra finalement bien peu de plaisir à suivre l'ensemble.
Certes, tout y est bien fait. Dès le départ, le côté très assumé et très ouvert se montra fort rassembleur (la séquence d'ouverture coquette et dansée étant assez gagnante, mais sans jamais trouver d'autres échos..) et la réalisation de Jean-Claude Schlim s’avérera très classe et élégante.
N'empêche, il manquera sérieusement d'un petit quelque chose pour rehausser le tout. D'une marque plus personnelle, d'une signature d'auteur plus présente comme on a l'impression de revoir un mélange de milles autres films qu'on a déjà vu et même, mieux fait.
Et puis si le côté flamboyant n'est jamais très assumé à défaut de filmer l'homme dans sa beauté la plus précaire, le film s'enfoncera dans des eaux mélodramatiques plutôt forcés alors que passé trouble en flashbacks se mêlera au présent triste.
Par contre, mentionnons que dans son dernier tournant, parce qu'on se sera un tant soit peu attaché au personnage et parce que le SIDA sera dépeint avec un réalisme sidérant, ce sera difficile de ne pas être un tant soit peu submergé par une émotion quelconque. Certes, ce ne sera pas la fresque épique qu'on aura voulu dépeindre, on trouvera d'ailleurs le film quelque peu ridicule d'y aspirer, mais n'empêche, pour avoir traîter le SIDA d'un point de vue plus personnel qu'autre chose comme c'est souvent le cas (quoiqu'on trouve le personnage de Stephen Fry, médecin près à tout pour trouver un remède ou du genre, autre cliché recyclé) le film trouvera donc son intérêt principal.
Ces quelques minutes bouleversantes plongeant le film dans un quelque chose de nécessaire et d'insupportable donnera l'ampleur nécessaire au personnage de Jake et de son interprète Benn Northover qui trouvera peut-être grâce à ce rôle une porte d'entrée raisonnable après avoir joué les figurants dans des productions plus ou moindres comme un Death Eater dans le plus récent Harry Potter (!).
Pour le reste, il manquera un peu d'âme et le pilote automatique sera probablement trop forcé, à croire que l'univers gay ne s'en tient qu'à trois variantes qu'on voit tout le temps, alors qu'on sait qu'il y a place à beaucoup plus de complexité que cela.
On ne voudra donc pas le faire, mais dans le genre et parce qu'il assume mieux tous ses aspects, le film de John Cameron Mitchell s'imposera certainement comme une écoute à la place.
Par contre, pour les gens qui se sentiront concernés, House of Boys ne sera certainement pas désagréable, mais certainement loin d'être ce qu'il aurait pu être s'il s'était vraiment concentré.