19 août 2011 3h53 · Jimmy Chartrand
À propos l'article Voir Fright Night
En alignant au moins trois éléments qui font grincer des dents depuis quelques temps (remake, vampires et 3D, notamment), Fright Night 3D parvient tout de même à insuffler un peu de plaisir ce qui est loin d'être négligeable.
Décidément, depuis son arrivée dans le milieu, impossible de prévoir ce que sera le nouveau projet de Craig Gillespie. Après tout qui aurait cru qu'après l'insipide Mr. Woodcock il se lancerait dans le charmant Lars and the Real Girl pour ensuite dériver dans un remake d'un film de vampires? Probablement personne, mais dieu merci, après son escale dans la série télévisée The United States of Tara, il a heureusement repêché Toni Collette, l'aidant à accumuler bon nombre d'éléments non-négligeables pour contribuer à la base plutôt solide de sa nouvelle proposition.
Puisque voilà, avec une distribution de premier choix qui se laisse carrément aller autant dans le genre que dans la proposition, le tout s'avèrera rapidement aussi attirant qu'un poil intéressant. Bien sûr, malgré tout, on s'expliquera mal ce qui empêchera le film de couler, puisqu'avouons-le tout de suite, le résultat est très très loin d'être aussi catastrophique qu'on l'attendait et c'est certainement beaucoup plus réussi que son titre sélectionné pour la version française (Vampire, vous avez dit vampire?).
On sera loin de mettre l'aspect de la réussite sur le scénario puisque celui-ci n'apportera carrément rien. Par contre, le ton qui ne se prend définitivement pas au sérieux et qui semble même s'entêter à plus d'un moment à être intentionnellement mauvais (certains passages sont d'un risible si gros qu'on ne sait jamais où ils se prennent au sérieux et où ils se laissent aller) nous gagnera rapidement et on prendra rapidement part à cette grosse farce grasse et sale qui semblera se dérouler à vive allure. (Fort heureusement, rien ne tourne jamais véritablement en rond, on ne laisse pas de temps à aucuns questionnements et on s'assure toujours pour que les éléments s'enchaînent au lieu de s'empiler).
On entrera alors raisonnablement dans l'action et on sourira que tout s'enchaînera aussi fluidement. Ensuite, après qu'on aie avoué qu'on s'y plaisait finalement plutôt bien, on réalisera assez rapidement que tout ceci consistait en à peine la première partie et que le film aura encore une bonne heure à laissez aller pour boucler la boucle aux presque deux heures que durera le film..
Avez-vous dit "trop long"? Alors si c'est le cas, vous n'avez pas tort. Ce qui semblait comme d'un rythme aussi déroutant que rafraîchissant, deviendra alors une longueur et au fur et à mesure que le film nous mènera sur ses sentiers aussi inattendus que sinueux, on perdra toujours un peu plus d'intérêt en croyant voir la fin se pointer à plus d'une reprise le bout du nez. Comme quoi, si le réalisateur s'est véritablement amusé à faire ce film (il multiplie tout, jusqu'à un cameo de Chris Sarandon lui-même, le Jerry original qui confronte celui de 2011), il a un peu oublié de ne jamais cesser d'incorporer le spectateur à ce grand foutoir.
À cela, on reconnaît certainement la griffe de la scénariste Marti Noxon qui mêle son expérience sur Buffy the Vampire Slayer à son essai peu convaincant dans I Am Number Four où elle mélangeait dilemmes adolescents à revirements sans queue ni tête. Comme quoi le cinéaste a assemblé une équipe d'enfer s'y connaissant fort bien alors que la très jolie direction photo, un brin cartoonesque pour bien nous berner, est assuré par Javier Aguirresarobe qui a collaboré à nul autre que deux des films de la franchise Twilight. Également, la trame sonore signée Ramin Djawadi qui a travaillé sur plusieurs Blade est aussi très agréable.
Par contre, le véritable plaisir, mis à part l'importance accordée à l'ambiguïté qui s'avère présente dans pratiquement chaque scène, c'est décidément de voir les acteurs se démener. Colin Farrell poursuit sa lancée de cabotinage qu'il enchaîne désormais après The Way Back et Horrible Bosses pour jouer avec une auto-dérision référentielle assez démente, parvenant assez bien à tenir tête à tous dans pratiquement toutes ses scènes. Anton Yelchin n'arrive peut-être pas encore à entièrement prouver qu'il peut assurer un personnage principal (il semble toujours plus efficace quand il s'en tient aux secondaires), malgré son charisme, alors que d'autres noms notables se succèdent, de l'insupportable et décidément toujours aussi peu talentueux Christopher Mintz-Plasse à Dave Franco (oui-oui, le frère de l'autre!). Par contre, outre Toni Collette qui a également beaucoup de plaisir, mais qu'on ne voit décidément pas assez souvent puisqu'on la balaie du revers de la main une fois la deuxième partie entamée, c'est David Tennant et son excentrique personnage qui s'assure de garder captif notre intérêt lors de la deuxième heure. Comme quoi le "scene stealer" s'applique certainement dans son cas.
En somme, Fright Night 3D met la table pour une grosse partie de plaisir et on accepte la proposition avec plus de facilité qu'on y aurait cru. Certes l'exercice est trop long et on voit difficilement ici un nombre suffisant d'éléments pour réitérer le fait que c'était une variante du thème vampirique nécessaire. De plus, si le 3D a quelques bons usages, son abus de rappel à te foutre au visage toutes sortes de simagrées pour justifier le surplus monétaire du billet, est certainement insuffisant. N'empêche, pour la part de satisfaction qu'il aura quand même réussi à cumuler, le film sera pratiquement une recommandation pour tout ceux qui voudront être diverti un brin simplement. Pour le reste, déjà de concéder au fait que ce n'était pas si pire que ça est déjà un gros pas. Par contre, autant dire qu'on n'est toujours pas loin de sauter à pieds joints dans les méandres de l'abus, et celui-ci, peu importe sa version, n'est rarement très, très bon.