18 août 2011 3h50 · Jimmy Chartrand
À propos l'article Voir Submarine
L'inconfort de l'existence humaine fascine les cinéastes depuis probablement toujours et c'est sans surprise qu'on voit Richard Ayoade s'y confronter à son premier long-métrage. Pourtant, s'il adapte un roman, il insuffle à l'ensemble une signature si distincte d'un point de vue cinématographique que le tout ne peut être pris que pour une judicieuse bouffée de fraîcheur dont aura certainement envie d'en prendre bien plus qu'une dose.
Suivant la continuité post-Eternal Sunshine of the Spotless Mind, après notamment le monde adulte de Charlie Kaufman et Michel Gondry et celui des jeunes adultes que Marc Webb a présenté dans son judicieux (500) days of Summer, voilà que Ayoade s'intéresse ici au monde de l'adolescence face aux jeux d'amour et de déception où l'éternel rêveur solitaire voit son univers complètement chamboulé par une irrésistible impulsive à qui il ne peut rien refuser. Plus naïf et inconséquent que les deux opus mentionnés précédemment, cela permet donc d'éloigner le film des sentiers trop battus des films romantiques, sans nécessairement s'en défaire, pour y mêlé ce côté "coming-of-age" qu'on lui accordera sans hésiter, changeant rapidement la donne.
Ainsi, adolescence oblige, on ajoutera à tout ceci une dimension reliée aux parents, facteur singulier qui disparaît toujours de façon drastique une fois l'étape franchie, tout autant que les bêtises et les mauvaises décisions qui font surface à ces moments-là. Du coup, notre charmant protagoniste, Oliver Tate, verra à ses 15 ans des dilemmes qui finiront sans cesse par s'entrecouper dans son désir de satisfaire ses propres désirs (amoureux) et ses propres parents. Puisque d'un côté comme de l'autre, s'il ne sait pas comment s'y prendre, il ne cessera de s'essayer pour tenter d'arriver à ses fins qu'il s'imaginera comme étant les plus judicieux.
Cependant, Tate est un énergumène renfermé qui habite un univers qui ne concorde pas ou que rarement avec la réalité. Il est de ces jeunes qui a des souvenirs en Super 8 dans sa mémoire, qui espère sans cesse que sa vie n'est qu'une série télévisée et qui passe son temps à s'imaginer des variantes sur son décès qu'il voit comme probant. Sauf qu'une fois qu'on aura fait sa connaissance, qu'on sera entré dans son univers et qu'on tombera sans cesse sous le charme de sa tutelle, sa vision et son irrésistible narration, on ne voudra décidément plus s'en défaire.
Puisque voilà, par ce qu'il nous balance constamment à la figure, de ses observations à ses raisonnements particuliers, on ne peut que complètement s'abandonner au personnage de Tate, où le coup de foudre sera pratiquement instantané pour un jeune où le cri du coeur rencontre pratiquement immédiatement le cri de tout être vivant. Cette manière d'autant évoquer une bulle réservée que faisant écho à tant d'autres rallie le public au ton et permet cette magnifique façon de mener tout spectateur à s'y retrouver et s'y reconnaître.
Et puis, il y a également le fait que le film est fort soigné et certainement très élégant. S'il est très beau visuellement, il ne manque jamais de mener à termes de très belles trouvailles et de bénéficier d'un montage intéressant. Il ne faut pas oublier également les chansons composées spécialement par Alex Turner des Arctic Monkeys qui tout en se montrant plus belles que jamais, magnifient constamment le récit qui semblait déjà pourtant si beau jusqu'à présent.
La construction narrative a également son intérêt alors qu'elle use d'une forme classique (trois parties entourées d'un prologue et d'un épilogue) pour donner une dimension pratiquement épique à une histoire qui a certainement ses penchants aussi banals qu'ordinaires. C'est peut-être de ces différentes sections que le film puise ses rares faiblesses, alors que les moments s'intéressant à l'amant inavoué de sa mère auraient mérités à être plus resserrés.
Mais ne boudons pas notre plaisir puisque les situations ne manquent pas d'intérêt et les dialogues tout autant que plusieurs judicieuses observations valent autant le respect que le fou rire qui l'accompagne. Également, les interprètes sont excellents. Outre le jeune Craig Roberts (acteur de regard qui par celui-ci enchante et mystifie immédiatement) qui s'affiche ici telle une remarquable révélation dans la peau du protagoniste qui essaie autant d'être intellectuel, adulte que profondément adolescent, Yasmin Page et ses airs de Zazie ou autres émules brille et ne cesse de séduire, alors que l'ambiguité de Paddy Considine arrive certainement à bien rivaliser avec la neutralité humoristique de Noah Taylor. Pour sa part, Sally Hawkins continue de faire état de la forte étendue de son talent en interprétant avec tendresse et maladresse le rôle de la mère.
N'oublions pas que le cinéma est probablement l'art auto-référentiel par excellence ce qui permet au long-métrage de constamment multiplier les clins d'oeil alors qu'on semble y trouver autant du Amélie Poulain de Jeunet que la fougue des 400 coups de Truffaut, avec un sentiment autant Nouvelle Vague que fortement contemporain. Puisque mentionnons-le, on finit aisément par comprendre que ses similitudes avec le monde réel ne sont que des leurres. Le film vit dans sa propre bulle et est entièrement habité par l'ambiguïté angoissée de son personnage principal, semblant autant rétro que foncièrement moderne de par son attitude et ses réactions.
Enfin, Submarine, véritable film-bonbon qui se savoure avec une facilité déconcertante en ne négligeant pas l'émotion nécessaire et accrocheuse qu'on s'attendait à y trouver, est donc une admirable pièce de départ pour Richard Ayoade qu'on surveillera avec attention. La manière que son film a de raisonner à toute époque et tout âge l'universalise et confirme qu'il aura ainsi créé un des plus beau et touchant long-métrage qu'on aura vu depuis un moment. Une oeuvre d'une très grande maîtrise qui nous décochera un sourire de sa première seconde à la toute dernière de son générique où la douce voix de Turner nous chantera ultimement la magnifique "Stuck on the puzzle".